Homélie du 15 juin 2005 à Fourvière

Matthieu 6, 1-6. 16-18

Auditoire : Veufs et assistance habituelle.

Dans ce texte de St Matthieu que nous venons d’entendre, Jésus nous propose un chemin pour nous rapprocher de Dieu, son Père. Sur ce chemin, trois moyens pour avancer vers cette proximité avec Dieu : le jeûne, la prière et l’aumône. Jeûner, c’est apprendre à nous décentrer de nous-mêmes, prier, c’est nous centrer sur Dieu, faire l’aumône, c’est nous centrer sur nos frères.

Pour nous montrer ce chemin, par trois fois Jésus reprend la même formulation : « Ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle… » A l’époque de Jésus, les hommes pieux d’Israël pratiquaient avec ferveur le jeûne, la prière et l’aumône et cherchaient à y entraîner ceux qui étaient plus tièdes, d’où les sonneries de trompettes lors des offrandes au temple, d’où les prières dans les rues et sur les places publiques, d’où également les faces de carême de ceux qui jeûnaient.

Ici, au contraire, Jésus invite ses disciples à une opération vérité : « Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. » La justice était le grand souci des croyants et ce mot employé plusieurs fois par Jésus, notamment dans les Béatitudes, était très familier pour ses auditeurs de Palestine. La vraie justice au sens biblique du terme, consiste à correspondre à la volonté du Père et non à accumuler des pratiques, si nobles soient-elles. C’est, en quelque sorte s’ajuster à cette volonté de Dieu, être en accord avec elle comme on accorde un instrument de musique.

Pour savoir comment nous ajuster à cette volonté de Dieu, contemplons Jésus venu faire la volonté de son Père.

« Que ton jeûne soit connu seulement de ton Père présent dans le secret » dit Jésus. Avant de commencer sa mission, il s’est retiré 40 jours au désert, pour faire silence, pour jeûner, ignoré de tout le monde. Jeûner, faire désert aujourd’hui, c’est prendre les moyens de se désencombrer, de faire silence en soi et autour de soi, de faire de la place pour y laisser entrer Dieu, c’est prendre le temps de faire l’expérience de ses manques. Le jeûne dans l’Esprit du Christ n’est pas une pratique d’ascèse de performance. C’est une rupture, une béance, une ouverture conduisant à une attention plus grande à la Parole de Dieu et aux autres. Le jeûne qui plait à Dieu n’est donc pas celui qui nous remplit d’orgueil mais celui qui nous rend disponible aux appels de l’Esprit.

« Prie ton Père présent dans le secret » nous dit encore Jésus. Pour prier son Père, Jésus se retirait dans la montagne et là, dans le secret, s’engageait un cœur à cœur avec Dieu. Pour nous, l’essentiel pour prier est de savoir que Dieu est présent en secret, toujours, partout. Il est avec chacune et chacun d’entre nous. Il nous voit, il nous aime, comme une maman qui veille avec tendresse sur son tout-petit. En pensant à lui dans le silence, même si nous ne disons rien, ni extérieurement, ni intérieurement, nous sommes en état de prière sous son regard affectueux. Et cet échange d’amour avec notre Père commun nous tourne vers les autres comme vers des frères et soeurs puisqu’il les aime aussi.

« Que ton aumône reste dans le secret ». Durant sa mission, Jésus, à sa façon a vécu l’aumône. Il ne possédait rien puisqu’il n’avait même pas une pierre pour reposer sa tête mais il donnait tout, allant même jusqu’à donner sa propre vie. Il donnait à chacun ce qui lui manquait le plus : la vue aux aveugles, la santé aux malades, la tendresse aux enfants non pour sa propre gloire mais par amour pour son Père et pour les hommes. Dans son origine grecque, le mot « aumône » signifie « pitié, miséricorde », à rattacher en conséquence à la compassion de Dieu. Ce mot signifie aussi « la justice », probablement parce que l’aumône est un moyen de rétablir la justice que Dieu veut sur terre, en donnant à tous les êtres ce dont ils ont besoin. Nous ajuster aujourd’hui à la volonté de Dieu, c’est tout faire pour le rétablissement de sa justice . Mais comment le faire ? En répondant tout simplement au plus grand commandement : « Aime » et c’est tout.

Alors si constamment nous nous ajustons à ce que Dieu attend de nous, nous vivrons en harmonie avec nous-mêmes, en communion avec lui et avec nos frères. N’est-ce pas déjà la récompense annoncée par Jésus quand il nous dit : « Ton Père te le revaudra » La récompense issue de notre gloriole et de notre orgueil est frustrante et décevante. La récompense annoncée par Jésus est toute autre. Elle se réalise dès maintenant à travers la joie profonde de l’amour donné et de l’amour reçu dans la relation à Dieu et aux autres.

Je ne voudrais pas conclure sans me tourner vers vous, mes frères veufs, vous qui connaissez le jeûne, la prière et le partage : le jeûne de l’absence et de la solitude, la prière dans la Communion des Saints avec votre épouse, le partage dans l’amitié et la fraternité entre veufs. Ensemble nous vous confions à Marie, Notre Dame de Fourvière. Qu’elle vous guide ainsi que nous tous ici présents, sur les pas de son Fils, sur ce chemin de joie qui mène vers le Père.

Amen