Intelligence : homme

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Préambule : Intelligence intuitive et conceptuelle

Il est difficile de nous entretenir de l’intelligence sans avoir, au préalable, quelques aperçus rudimentaires sur cette capacité de compréhension.

L’être humain voit, entend, goûte, touche ; il sent le chaud et le froid, le rude et le doux ; il éprouve des joies et des peines, ressent la haine et la sympathie. Si l’individu demeurait uniquement au niveau de ces impressions, il ne manifesterait dans son comportement que de simples réactions ; mais il va au-delà de ces pures sensations. Prenons un exemple : il perçoit au travers d’une masse constituée de lignes, de couleurs, de volume, une maison ; il a découvert un sens à ses impressions. Nous disons alors qu’il est un être sensé.

Cette perception se réalise selon deux modalités différentes. L’esprit est capable de maintenir indissolubles l’impression et le sens de l’impression. Nous avons là l’intelligence intuitive qui frôle en quelque sorte chaque sensation, en capte la signification, se laisse guider par de multiples indices en des directions où sa vision immédiate découvre des profondeurs insoupçonnées. L’intuitif, plus enclin à saisir la réalité dans sa totalité, voit et constate.

L’esprit peut s’attarder sur le sens de l’impression ; il se concentre sur cette signification et parvient ainsi à l’extraire du contexte sensible ; un véritable enfantement s’accomplit, donnant un concept, une idée, une notion, Avec ces éléments, l’intelligence est capable de progresser ensuite selon la marche logique d’un raisonnement. Ce mode d’activité qu’on appelle raison permet d’atteindre des connaissances par un biais où les sensations sont estompées, voire bannies. Il constitue la principale base de l’activité intellectuelle.

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Activité physique

L’homme est en général considéré comme un être dépourvu d’intuition. Cette opinion est contredite par une observation attentive. Toutefois, il est à souligner que l’intuition masculine a ses domaines particuliers d’activité. Il s’agit précisément de ceux dans lesquels la sensibilité de l’homme trouve la possibilité d’être affectée.

Très jeune, le garçon éprouve des sensations musculaires. Aussi acquiert-il vite une compréhension immédiate des efforts physiques. Il devine la meilleure façon de s’arc-bouter pour tirer sur une corde ; après quelques tentatives, il voit comment il faut se placer pour bien sauter ; il sait croiser les jambes et s’agripper pour grimper le long d’une colonne. En revanche, le petit camarade à l’allure efféminée est gauche ; il court maladroitement, s’ingénie à soulever un poids en gaspillant ses forces ; il lutte avec des gestes désordonnés. On doit tout lui apprendre. Ses maladresses suscitent des moqueries de la part des garçons qui comprennent, sur-le-champ, la façon dont il faut procéder… c’est si clair pour eux !

Cette intuition donne à l’homme un coup d’œil précis, instantané et juste pour réaliser son effort. Le savoir théorique, si utile, n’est qu’une méthode directrice. Les coureurs cyclistes, les boxeurs, les équipiers, de forces égales, montrent toujours une supériorité lorsqu’ils sont doués d’intelligence intuitive. Nous disons qu’un bon sportif lutte autant avec sa tête qu’avec ses muscles.

C’est au milieu d’un fourmillement de sensations les plus ténues que l’intuition évolue. Il est donc très difficile d’exposer d’une façon détaillée toutes les raisons pour lesquelles on a pu obtenir le résultat désiré. Le petit garçon complaisant tâche de montrer à son camarade comment il faut s’y prendre pour se hisser sur un arbre ; mais, devant la difficulté de décrire tous les gestes précis, il préfère écourter l’explication en lui disant simplement : « Regarde-moi faire. » Après la démonstration, le petit maladroit ne comprend pas toujours ; trop faible, il n’arrive pas à penser à travers ses muscles.

Nous sommes à même de constater encore cette impuissance d’exposer la riche vision d’intuition chez le sportif après son succès. L’épuisement et quelquefois un manque d’habitude de la parole accentuent cette impossibilité de répondre au reporter qui lui demande : « Voudriez-vous expliquer aux auditeurs de la Radio comment vous vous y êtes pris pour remporter cette si brillante victoire ? » Tout haletant, le vainqueur bredouille quelques phrases, en promettant « qu’il fera mieux la prochaine fois ». Certains auditeurs se gaussent de cette « pauvreté d’intelligence » et croient trouver là un argument solide contre la valeur de ces exercices « stupides ». Mais cette critique dénote une ignorance de l’intense activité de l’intuition au cours de la compétition ; en des instants d’éclair, l’intelligence capte de si nombreuses nuances que la mémoire n’a pu les conserver toutes. Quant aux souvenirs persistants, ils sont encore trop nombreux et en vrac pour qu’ils puissent être livrés en ordre ; l’homme a besoin d’un temps pour les décanter et pour analyser les principales raisons de sa réussite.

C’est le travail qu’effectue ensuite l’esprit masculin. L’homme s’efforce à dégager de chaque activité physique particulière des principes généraux qu’il coordonne en des méthodes utiles pour de meilleurs rendements. Les conclusions sont vérifiées et modifiées le cas échéant par d’autres expériences. Il faut voir avec quelle attention et quelle ardeur les hommes discutent des procédés, en jugent la valeur et tâchent de les améliorer.

Bien que la théorie permette d’atteindre rapidement de bons résultats, elle reste toujours sans efficacité réelle chez les individus dépourvus d’intuition. Ceux-ci n’en font qu’une simple application consciencieuse ; dès que les circonstances exigent des adaptations imprévues, ils se montrent désarmés ou appliquent le procédé en dépit du bon sens ; car la méthode n’est qu’une aide pour soutenir et diriger une intelligence intuitive.

Le besoin de coordonner logiquement des efforts physiques est si naturel chez l’homme que celui-ci ne peut s’engager dans une activité sans réfléchir auparavant ; il examine l’ouvrage et calcule rapidement comment il doit l’entreprendre. Voici un individu qui fend du bois ; il recherche où se situent les nœuds, sur quelle face il peut le mieux poser la bûche. Le terrassier considère dans quel sens il doit attaquer le sol, de quelle façon il peut faire ébouler le plus facilement un bloc de pierres, selon quel angle il doit porter son effort pour enfoncer son pic ou sa pelle.

La tendance à faire converger judicieusement tous les efforts vers un maximum de résultats incite l’homme à découvrir des méthodes si strictes que les moindres gestes sont étudiés ; tout mouvement non seulement nuisible mais même inutile est impitoyablement éliminé pour ne laisser subsister que ceux d’un meilleur rendement. Il en résulte que les individus soumis à de tels procédés deviennent des mécaniques humaines rationnellement dressées. Cette déshumanisation est le résultat d’une tendance incontrôlée de l’homme qui applique brutalement son intelligence abstractive.

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Prédisposition à la technique

Le désir de réaliser cette coordination d’efforts prédispose l’intelligence masculine à la technique. Le petit garçon tourne et retourne son jouet sur toutes les faces ; intrigué, il s’applique à démonter la mécanique ; avec des moyens de fortune, il détache les roues, enlève les vis, sépare les engrenages. Sa curiosité est si pressante qu’il n’a même pas songé à prendre la précaution de se souvenir de la façon de les remonter ; et le jouet reste en pièces détachées sur le plancher. Ceci n’est pas encore un grand mal, mais… s’il est question du moulin à café de maman, du réveille-matin de la chambre à coucher !

Heureuse d’avoir fait l’achat d’un nouvel appareil ménager, l’épouse le montre à son mari, lui indique comment il faut s’en servir. L’homme aurait bien envie de voir cela de plus près… mais non, que la femme se rassure, il n’y touchera pas cette fois ; il s’agit de ne pas détraquer le mécanisme. Après avoir secoué l’appareil en tous sens, la femme est bien obligée de demander à son époux de bien vouloir remettre en marche le fer à repasser, la machine à laver, l’essoreuse… Ah ! cette fois l’homme pourra se satisfaire. Il démonte les pièces une à une, recherche attentivement à découvrir le fonctionnement et parvient ensuite à réparer la défectuosité… à moins que la ménagère ne doive se contenter de la bonne volonté de son époux.

L’homme prend un vif plaisir à visiter les musées de technique, les expositions de machinerie. Il s’arrête longuement devant un appareil ; il se courbe, se hausse sur la pointe des pieds, tourne autour de la pièce pour voir d’où vient et où va ce fil métallique, cet arbre de transmission, ce conduit ; il interroge avec attention ceux qui peuvent le renseigner. La femme, un moment patiente, estime que son mari exagère tout de même quelque peu.

La curiosité se double d’une envie de réaliser de nouvelles techniques. L’homme s’acharne à découvrir des moyens de travail plus rationnels et plus efficaces. Quelquefois, l’invention n’est d’aucune utilité immédiate ; elle ne procure qu’une satisfaction personnelle.

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Activité intellectuelle

C’est encore cette tendance vers l’abstraction qui dirige l’homme dans ses activités intellectuelles. Pour lui, le savoir consiste surtout à dégager de la réalité complexe des principes qu’il coordonne en des théories plus ou moins cohérentes. II tâche d’en déduire ensuite des conclusions logiques qu’il soumet à l’expérimentation pour en vérifier le bien-fondé.

Ce n’est pas la réalité concrète en elle-même qui intéresse l’homme, mais les lois qui en révèlent le mécanisme interne. Même les individus qui prétendent ne pas aimer les généralisations recherchent dans les faits précis, minutieux, particuliers, les ressemblances et les différences qui peuvent permettre une classification au sein de la diversité du réel. Il ne s’agit, en vérité, que d’une généralisation à un degré inférieur.

Par ce besoin d’abstraction, l’homme s’achemine naturellement vers les sciences de logique, de mathématique, de métaphysique. Si par goût il s’adonne à des études où l’intuition, la sensibilité, l’imagination ont une forte part, il a tendance à les concevoir sous la forme de raisonnements, de plans bien charpentés, de théories. Ses analyses sont réalisées progressivement, dans un style ferme, précis et concis.

Si l’individu est peu viril, nous le voyons préférer les « savoirs » qui s’enveloppent d’imprécisions ; sa pensée est sans consistance ; elle n’est qu’un amalgame d’imaginations, d’impressions vagues, de conceptions sentimentalistes. Il a horreur de la logique, du général ; sa conversation, plus brillante que profonde, n’est qu’un passage d’une idée à un sentiment, d’une impression à une imagination, d’une notion à un jeu de mots. Cette diversité peut plaire un moment aux femmes, mais rebute les hommes à la pensée forte.

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Activité artistique

Tandis que la raison prévaut dans une activité intellectuelle, l’intuition joue un rôle capital dans une activité artistique.

À première vue, l’art semble dépendre directement et uniquement de la sensibilité. Certains artistes s’opposent avec violence à toute conception intellectuelle de l’art. Pour eux l’activité artistique vient d’une capacité indépendante de l’intelligence.

Évidemment, si nous concevons l’intelligence sous l’angle unique de la raison, leur attitude est fondée. Mais une telle notion restrictive n’est pas soutenable après une bonne observation de la nature humaine.

En effet, il ne suffît pas d’être sensible pour être artiste. II faut encore avoir l’intuition des valeurs pour les mettre en relief, les harmoniser en un tout qui soit une œuvre d’art. Le peintre, le musicien, le poète captent des rapports entre deux couleurs, deux sonorités, deux rythmes ; ils savent les combiner avec d’autres nuances pour tendre vers une unité qui donne le sens à l’œuvre. Tout ce travail d’intelligence est si rapide et même inconscient que l’individu est souvent incapable d’expliquer rationnellement ses propres productions artistiques.

Malgré cette grande part d’intuition dans l’art, nous y découvrons un commencement d’abstraction. L’artiste essaie d’envisager la réalité sous un angle particulier. Le côté mis en relief peut être la ligne, la couleur, le rythme, la mélodie, le précis, le flou, la lumière, l’obscurité. S’attachant à l’une de ces perspectives, il l’accentue aux dépens des autres. Il s’éloigne ainsi de la simple reproduction pour une mise en valeur de l’impression fondamentale qu’il ressent. Sa sensibilité particulière lui donne une individualité bien définie.

Cette abstraction peut s’accentuer chez certains individus jusqu’à provoquer une complète dislocation des éléments de la réalité. Il ne s’agit pas ici de porter un jugement sur les différentes conceptions de l’art. Nous constatons seulement que l’art masculin présente une forte tendance vers le concis, le contraste, le relief, et s’achemine vers l’abstrait.

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Activité sentimentale

Tant que l’intensité de stimulation n’a pas atteint un degré suffisant, la sensibilité masculine est peu affectée. Par suite, l’intelligence intuitive de l’homme n’a guère d’acuité en un domaine où les sensations apparaissent imprécises et fuyantes. C’est la raison pour laquelle le monde de la sentimentalité lui échappe en grande partie : pour lui, c’est l’univers de l’imagination et du caprice ; il s’en détourne.

L’incapacité de saisir directement la vitalité sentimentale oblige l’homme à ne comprendre les sentiments d’autrui qu’en les considérant sous l’angle des circonstances extérieures. Il tire logiquement de la situation des conclusions qui, estime-t-il, doivent susciter tel ou tel sentiment. Si l’état psychique réel ne correspond pas aux conclusions auxquelles il est parvenu, il est dérouté ; c’est pour lui de l’illogisme ou de la sensiblerie.

Voilà pourquoi il est maladroit dans le monde des sentiments ; il ne sait pas dire le mot, faire le geste, prendre l’attitude qu’exige la situation psychique. C’est au petit bonheur ou logiquement qu’il répond aux nécessités sentimentales. Aussi commet-il d’énormes méprises ; il complique les rapports humains, alors qu’il espérait les simplifier, blesse quand il pensait faire plaisir. Même lorsqu’il a reçu une bonne éducation de délicatesse, il se montre désarmé devant une sentimentalité embrouillée. Il demande conseil, réfléchit, calcule, mais n’est jamais sûr de voir avec justesse dans une vitalité mobile et délicate.

Néanmoins, l’homme est capable de grandes intuitions en ce domaine de la sentimentalité. Mais, pour cela, il doit être ébranlé au plus profond de lui-même. Des poètes, des musiciens, des peintres ont su révéler des valeurs permanentes de la vitalité sentimentale. Leurs douleurs atroces ont dirigé leur intuition.

L’intelligence abstractive est encore très visible lorsque l’individu s’occupe des souffrances physiologiques des autres. L’homme, en effet, s’intéresse surtout à l’évolution de la maladie, à la méthode de guérison, à la réussite d’un traitement médical. Il suffit d’écouter les médecins, les chirurgiens, les psychiatres s’entretenir des malades qui leur sont présentés. Un cas est intéressant ou non, selon que l’individu est atteint d’un mal curieux, rare ou fréquent, banal. Certains s’offusquent de cette attitude et crient à l’inhumain. Il serait injuste de penser de la sorte. D’une façon générale, les médecins se préoccupent du véritable bien-être de leurs patients, mais, par leur nature masculine, ils sont plus portés à s’intéresser à la physiologie, à la pathologie, à la technique chirurgicale, qu’au malade lui-même. C’est grâce à cette tendance que l’homme est naturellement prédisposé à réaliser des progrès dans le domaine de la science médicale et qu’il examine les cas avec plus d’objectivité.

Mais cette forme d’intelligence le détourne d’une intuition qui le rendrait capable de mieux comprendre le comportement des personnes qui souffrent. Il doute de ceux qui se plaignent. Pour bien les saisir dans leurs douleurs, il transpose ses expériences personnelles et les applique, tant bien que mal, aux cas présents. Si l’individu est égoïste, son incapacité de compréhension d’autrui augmente et ses souffrances passées ne sont que l’occasion d’une plus grande attention sur lui-même. Son intuition est encore réduite et même supprimée par ce repliement psychique.

Pour que l’intelligence masculine ait toute son acuité, il faut que l’individu jouisse d’un calme intérieur. Si l’homme est ébranlé dans sa sensibilité sentimentale, il perd la plupart de ses moyens. C’est le cas d’un individu en face d’un être très cher qui tombe subitement malade ou se blesse. Il est alors désemparé et cherche en vain les moyens de soulager la souffrance. Combien de médecins d’un grand savoir perdent toutes leurs possibilités pour soigner un des leurs. Non seulement ils n’arrivent pas à dominer leurs réactions, mais encore ne voient plus ; ils sont incapables de diagnostiquer le mal, ne savent plus le remède à préconiser. La sensibilité masculine intensément troublée disloque l’intelligence abstractive. Pour que l’homme puisse comprendre, il lui faut une tranquillité psychique lui permettant d’orienter progressivement sa vision intérieure vers la solution recherchée.

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Structuration de la pensée

Cette marche de compréhension est lente. Pour saisir une pensée étrangère, l’homme s’appuie successivement sur la signification de chaque mot, de chaque phrase, de chaque raisonnement. Lorsqu’un terme est pris dans une acception inexacte, il est agacé de cette impropriété de langage qui l’oblige à rétablir pour son propre compte le véritable sens. Les incohérences ne lui permettent pas de suivre agréablement le déroulement d’un exposé. Tout ce qui gêne, détourne ou détruit le rythme logique d’une lente progression le désoriente, l’énerve et le fatigue.

Pour comprendre, l’homme se replie sur lui-même. Lorsqu’il écoute, il se concentre. Cet état psychique l’oblige parfois à prendre un petit moment de réflexion, à suspendre son occupation matérielle. Il série le problème en questions distinctes. Il fronce les sourcils, devient indifférent à son milieu, fixe la personne qui lui parle sans la voir, promène son regard dans le vague ou le pose sur un point qu’il ne perçoit que très indistinctement. Suivons deux hommes en conversation ; ils ont tendance à ralentir le pas, à s’immobiliser, à reprendre leur marche pour l’arrêter encore quelques mètres plus loin. Si la réflexion est profonde, ils peuvent franchir ainsi des distances sans se rendre bien compte du chemin parcouru et du monde qui grouille autour d’eux.

La pensée masculine n’est pas un amalgame de notions entassées en vrac dans la mémoire. Plus l’homme parvient à une maturité de réflexion, plus il éprouve le besoin de synthétiser son savoir. Aussi cherche-t-il à grouper ses connaissances en des ensembles dont les parties logiquement agencées constituent un « tout ». Cette structuration est une œuvre intellectuelle qu’il poursuit sa vie durant.

Dès que l’homme se trouve en face d’une réalité nouvelle, il veut s’en faire une idée ; il s’efforce de découvrir quelques notions sur le pourquoi et le comment de cette « inconnue ». Ce premier travail réalisé, il poursuit ses efforts pour intégrer ses nouvelles connaissances dans sa pensée antérieure. Généralement l’intégration demande un temps pour s’accomplir ; l’homme a besoin de disloquer sa pensée pour parvenir à une autre conception qui puisse comprendre la nouvelle notion. Ce n’est que lorsqu’il atteint cette synthèse que l’individu éprouve une sensation d’apaisement ; à ce niveau seulement il réalise une vraie compréhension.

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Grande capacité d’abstraction

Cette activité d’abstraction quasi permanente chez l’homme donne à celui-ci une grande facilité à communiquer ses pensées avec clarté, ce qui ne veut nullement dire avec justesse.

Ayant décanté du sensible les principes, l’individu est prêt à les exposer dans toute leur généralité. L’exposé se déroule avec d’autant plus d’ordre que l’individu a réalisé une plus logique structuration de sa pensée. Chaque notion a une place hiérarchique qui permet à l’homme de livrer ses idées selon un plan rationnel.

Mais les excès de structuration conduisent directement à des conceptions qui enferment l’homme dans un univers de notions se superposant à la réalité. L’individu finit par ne considérer le réel que sous un de ses angles. Son esprit en grossit l’importance, tout en laissant dans l’ombre les autres côtés du problème. Pour peu qu’il généralise imprudemment son point de vue, la réalité apparaît déformée, appauvrie, sclérosée dans des conceptions abstraites. C’est ainsi que certains sont arrivés à concevoir l’univers uniquement sous l’angle d’ondes électroniques, de formules chimiques, de rapports mathématiques, de réflexes qui expliquent toute la vie ; il nous suffit d’observer ceux qui exposent leurs diverses conceptions de l’univers pour percevoir combien quelques-uns sont devenus étriqués dans leur vision. Leur étroitesse de vue nous fait sérieusement douter de la vraie valeur de ces intelligences. Leur structuration intellectuelle est si rigide qu’ils deviennent même incapables d’observation positive. Rejetant les faits qui n’entrent pas dans leurs conceptions et accaparant ceux qui semblent leur donner raison, ils construisent un univers intellectuel qui devient à leurs yeux plus vrai que le monde réel.

En face de ces abus, quelques-uns réagissent. Par suite d’une grossière confusion entre intellectualisme et intelligence, ils se font gloire de rejeter tout ce qui pourrait paraître tant soit peu logique. Ils désirent rompre avec cette rigidité de la pensée pour se laisser aller à l’inspiration.

La vraie raison de cette attitude est souvent un refus de concentration. La crainte de l’effort laisse ces individus sans énergies intellectuelles. L’imagination et le sentimentalisme essaient de compenser ce manque de réflexion. Le scepticisme dissimule la pauvreté de pensée. Ces individus jonglent avec les mots, ridiculisent les raisonnements les plus solides. Ils ricanent de tout parce qu’ils ne comprennent rien.

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Synthèse

Bien que la forme masculine de l’intelligence humaine puisse aboutir à des excès lorsque l’individu n’en contrôle pas l’activité, la tendance permanente vers l’abstraction comporte de grands avantages. Elle prédispose l’homme à dégager de la complexité du réel certains côtés, d’en vérifier le fondement, d’en apprécier la valeur. Mais l’homme ne doit jamais oublier que l’intelligence abstractive ne capte qu’une partie du réel dont l’originalité échappe a la raison. Dépassant la logique sans la violer, l’intuition est alors capable d’aller au-delà de ces constructions Intellectuelles pour sonder plus avant la réalité dans sa profondeur.

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