Le conte de la Création

Repris d’une session Cana à Ploërmel en Juillet 1987

Après avoir achevé la création de l’homme, le Créateur découvrit qu’il avait utilisé tous les éléments concrets et qu’il ne restait plus rien de solide, plus rien de compact pour créer la femme.

Après avoir longtemps réfléchi, le Créateur prit

La rondeur de la lune, la souplesse de la vigne vierge,
Le frémissement du gazon,
La finesse du roseau et la beauté de la fleur qui s’épanouit,
La légèreté et la sérénité du rayon de soleil,
Les pleurs des nuages et l’instabilité du vent,
La timidité du lièvre et la fierté du paon,
Le doux plumage de l’oiseau et la dureté du diamant,
La douceur du miel et la cruauté du tigre,
La chaleur ardente du feu et le froid de la neige,
Le bavardage de la pie et le doux chant du rossignol,
La fausseté d’une grue et la fidélité d’une lionne.
En faisant la synthèse de tous ces éléments divers, le Créateur fit la femme et la donna à l’homme.

Au bout d’une semaine, l’homme revint vers Lui et dit :

« Seigneur, la créature que tu m’as donnée me rend la vie pénible. Elle parle sans arrêt et me tourmente d’une façon intolérable, ne me laissant aucun repos. Elle insiste pour jouir de ma compagnie tout le long du jour et me fait perdre tout mon temps. Elle se met à pleurer pour chaque peccadille et mène une vie de paresse. Je viens te la rendre car je ne peux plus vivre avec elle. »

« Très bien », répondit le Créateur. Et il reprit la femme.

Une semaine plus tard, le voici qui revient et qui dit au Créateur : « Seigneur, ma vie est si vide depuis que je t’ai rendu cette créature ! Je ne fais que penser à elle… Je la revois danser et chanter, me regarder du coin de l’œil, bavarder avec moi, puis venir se serrer dans mes bras. Elle était si belle à voir, si douce au toucher. J’aimais entendre son rire joyeux. Oh ! je t’en prie, rends-la-moi, Seigneur ! »

« Très bien », dit le Créateur, et il la lui rendit.

Mais trois jours après, l’homme revint une fois de plus en disant : « Seigneur, je ne peux pas comprendre - je ne saurais l’expliquer ; mais le fait est qu’après toute mon expérience avec cette créature, j’en suis venu à la conclusion qu’elle me cause plus d’ennui que de plaisir. Je t’en prie, reprends-la ! Je ne peux vraiment pas vivre avec elle ! »

Le Créateur répondit : « Mais tu ne peux pas vivre non plus sans elle ! ». Et tournant le dos à l’homme, il continua son travail.

Et l’homme de s’écrier, en proie au désespoir : « Que dois-je faire ? Je ne peux pas vivre avec elle, et pourtant je ne peux pas vivre sans elle !… »

Ce texte peut être utilisé comme sketche pour un mariage. Il faut un narrateur, un Dieu, un Adam et une Ève qui puissent mimer les scènes.

La conclusion peut être alors : « Et Dieu décrocha son téléphone… “Allô, cabinet de conseil conjugal prénoms des mariés, j’ai un cas pour vous…