Cet article est un extrait du livre « Toi, mon pacha », tome 3 de « Belle-grand-mère » de Janine Boissard, Fayard, 1999.

S’aimer pour la vie

Comprendre certaines erreurs de départ dans la vie de couple

Cette analyse sans prétention et souriante de la vie de couple moderne nous a touchés par sa justesse et ses ébauches de solutions… charge à chacun de les mitonner à sa sauce !

« Un grand magazine vient de lancer une enquête intitulée : « Qu’est-ce qu’aimer aujourd’hui ? »…où le mariage est à la baisse, le divorce en passe de devenir une simple formalité. Où, pour faire des enfants et les élever, on ne ressent plus forcément le besoin d’être deux.

Enquêtez, enquêtez…A mon humble avis, on n’aime pas aujourd’hui autrement qu’hier et, demain, ce sera encore la même chanson.

Chevillés au cœur et au corps de chacun, il y aura toujours cette aspiration à trouver l’âme sœur qui nous regarde comme si nous étions la perle rare tant attendue, et ce désir d’être unique pour quelqu’un. Les pingouins l’ont bien, paraît-il.

C’est seulement plus compliqué aujourd’hui où les pingouins humains font une fixation sur leur petit sexe chéri : plaisir, plaisir, et moi, moi, moi. Alors on commence par s’intéresser à ce qui se passe en bas, en espérant que le haut suivra. Et quand en bas ça devient moins palpitant, on découvre que, en haut, il ne se passait rien, ou pas grand-chose. La perle rare était du toc et on se retrouve tout seul comme devant. On a pris l’amour par le mauvais bout.

C’est au cœur que frappe l’âme sœur. C’est dans la tête que se forge les rêves qui laissent espérer des toujours. Si le reste suit, c’est « géant », comme disent les petits.

Mais voilà, le reste ne suit qu’un temps.

Aimer aujourd’hui, ce serait peut-être se faire à l’idée que malgré toutes les recettes, les gris-gris, la corne de rhinocéros et la petite pilule bleue, entre les plus amoureux et les mieux assortis, le désir s’use.

Bon ! Bien ! Et après ?

Une bonne soupe à l’oseille avec croûtons frits pur beurre de Normandie, dégustée sans bla-bla-bla et sans chichis en compagnie d’une personne qui vous accepte bon an mal an tel ou telle que vous êtes, certes pas la perle rare, mais quand même unique en votre genre, un genre sans lequel la vie vous paraîtrait tout bonnement…invivable, c’est pas mal non plus. Et on est plutôt confortable sous la couette de douces habitudes que d’adorables et insupportables pigouineaux ne se privent pas de secouer pour vous obliger à rester dans le coup.

C’est tout, Joséphine ? Tu es sûre de n’avoir rien oublié ?

Peut-être bien qu’aimer aujourd’hui, où on vit ensemble « horriblement longtemps » comme me l’a fait remarquer, par petits-enfants interposés, quelqu’un que je connais et où il est devenu tout simple, sinon facile, de claquer la porte au nez de l’infidèle, ce serait de ne pas faire une maladie nerveuse s’il arrivait à l’autre de goûter à l’herbe tendre du jardin voisin. »