Sensibilité : homme et femme

Si nous considérons les rapports de l’homme et de la femme sous l’angle de la sensibilité, nous sommes déroutés en face de la complexité, à première vue inextricable, des réactions multiples qui se produisent.

L’observation est rendue encore plus délicate par les nuances les plus ténues des sensibilités qui donnent à chaque être des comportements particuliers. Toutefois, chez les individus parvenus à un harmonieux développement de leur nature, des réactions fondamentales nous permettent de comprendre et même de prévoir les heurts et les puissances d’attraction pouvant exister entre les sexes.

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Impressionnabilité féminine et stabilité masculine

Plus finement sensible que l’homme, la femme réagit dès qu’elle est affectée. Cette impressionnabilité révèle une vitalité dont la vibration charme la nature masculine. L’homme est attiré par cette source jaillissante d’émotions.

Le besoin de communiquer sa vitalité intime pousse la femme à faire partager toutes ses impressions ; l’épouse s’impatiente en voyant son mari si calme ; elle lui reproche son « indifférence ».

Pour ne pas essuyer un tel blâme, certains individus, d’une excessive complaisance, s’efforcent d’être le reflet docile de la sensibilité versatile de leurs épouses. Privée ainsi de la stabilité masculine, la femme devient alors excessive dans ses réactions. Son comportement présente des écarts désordonnés et violents. Pour pallier ce déséquilibre, l’épouse se trouve, de ce fait, dans la nécessité de surmonter ses émotions, de dompter ses réactions, d’étouffer ses impressions. Selon son tempérament, elle se désensibilise ou se crispe. Ainsi la femme qui a modelé son mari sur sa sensibilité n’a plus à ses côtés une nature suffisamment masculine pour profiter d’une sécurité ; elle ne peut plus s’appuyer sur une base calme, solide, rassurante ; elle s’inquiète et finit par mépriser son époux qui ne lui permet plus de laisser vibrer en toute liberté sa délicate nature féminine.

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Souffrances derrière l’apparente indifférence masculine

Malheureusement, les femmes croient volontiers que la sensibilité masculine ne comporte qu’inconvénients. Les épouses se plaignent à qui veut les entendre que les maris ne sont touchés que dans leurs aises, leur corps, leur argent, leurs ambitions. Avec un sourire qui se veut pitoyable, elles confient à leurs voisines : « … Les hommes sont tous les mêmes ; ils n’ont aucune sensibilité. » Devant cette impassibilité apparente, l’épouse insiste, profère des paroles blessantes, répète maintes fois les raisons de ses griefs.

En réalité, sous le couvert d’une indifférence de comportement, la sensibilité masculine est quelquefois atrocement endolorie. Les paroles en apparence les plus anodines, les gestes sans grande importance, les attitudes les plus discrètes ont de profondes répercussions sur une sensibilité en état de souffrance. L’homme est d’autant plus sensible qu’il est blessé par l’être le plus cher : ainsi l’épouse aimée peut l’atteindre au plus intime de lui-même.

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Réactions de l’époux devant l’incompréhension de son épouse

Quand la femme insiste, le mari découvre en elle un manque de perspicacité ; il se voit incompris. C’est alors pour lui une des plus cruelles déceptions. Il doute, avec raison, de l’intelligence de son épouse, bien que celle-ci puisse jouir d’une grande réputation d’écrivain, de savant ou d’artiste. Il se sent désormais seul en lui-même. Incapable de saisir les nuances de sa propre sensibilité, il n’a personne pour l’éclairer, l’apaiser et le réconforter.

Avant d’arriver à ces conséquences douloureuses, le mari tente parfois à plusieurs reprises de dissiper le malaise. Il essaie de maintenir un comportement calme pour mieux comprendre la gravité du problème. Certains hommes voudraient que l’on en vînt à un éclaircissement loyal. Ils désirent une explication nette et définitive. Quelques femmes s’esquivent, restent imprécises ou reprennent la question sur laquelle on pensait s’être mis définitivement d’accord.

Ces blessures sentimentales, ce harcèlement douloureux, cette incompréhension continuelle mettent la sensibilité masculine dans un état de douleur permanente. L’homme sent monter en lui des bouffées de violence qu’il s’efforce de contenir. Pour une simple remarque de la part de son épouse, il éclate en insultes, en cris et même se livre à des violences. La femme accuse son mari de brutalité, alors que des semaines durant elle l’a cruellement meurtri sans même se rendre compte qu’elle a été injuste. Après avoir demandé pardon très sincèrement de sa réaction violente, le mari constate quelquefois que son épouse reprend la même attitude après une période d’euphorie conjugale. Au bout d’un temps de disputes, coupé de réconciliations, l’homme peut se refermer, prenant une position qui ne permet plus de contact. Puisqu’il est sans cesse meurtri dans sa sensibilité, il se préservera en n’admettant aucune discussion.

L’homme ne prend pas toujours cette attitude. Bien souvent il laisse parler, veut paraître indifférent, n’écoute même plus et s’accommode de la présence de son épouse comme d’une gêne qu’il ne peut éviter.

La déception de n’être pas senti par l’épouse qui prétend l’aimer rend le mari instable sentimentalement. Un goût de cendre se mêle désormais à son affection pour celle qui se montre incapable de le pénétrer jusqu’aux plus fines nuances de sa psychologie. Il perd définitivement confiance en l’amour de l’épouse pour lui. Peu à peu, il éprouve de la répulsion pour cette femme. Essayant de surmonter de telles impressions, il s’oblige à pardonner, à excuser, à expliquer, mais cette bonne volonté finit par craquer. Il ne peut plus aimer à moins que, faisant un effort de loyauté, les conjoints n’établissent une situation claire, précise et définitive. À cette condition, le mari pourra redonner toute sa tendresse à celle qui lui témoigne cette générosité d’amour.

Si l’épouse n’entretient pas en elle-même une chaude affection pour son mari, celui-ci éprouve une impression de froideur il n’est plus attiré par cette présence ; il souffre d’une insatisfaction dont il ne peut déterminer la cause réelle ; les moindres réactions de la sensibilité féminine deviennent pour lui un agacement ; sa femme n’est plus cette nature affectueuse qui vibre de plénitude vitale, mais une impressionnabilité qui réagit. Le mari ne peut plus supporter cette sensibilité versatile.

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Réactions de l’épouse devant l’incompréhension de son époux

Si l’homme est très sensible lors des douloureux bouleversements psychiques, il est, en temps ordinaire, moins impressionnable. Aussi la fine sensibilité de la femme lui échappe-t-elle en partie. Tant qu’il est attentif aux réactions féminines, il reste prévenant, même s’il ne comprend pas toujours la raison du comportement de son épouse. Mais, soit par agacement, soit par indifférence, il risque de se laisser aller à critiquer et même à railler les impressions féminines.

Ce manque de respect provoque chez la femme une hésitation à se confier à son mari. À qui raconter tout ce qu’elle éprouve ? Certes, elle ne veut pas toujours lui faire partager ses sentiments, mais elle voudrait pouvoir les lui dire et trouver ainsi une assurance. Ses propres sensations l’inquiètent ; est-elle normale même, se demande-t-elle ? Si elle pouvait exprimer tout cela à celui en qui elle se repose sentimentalement, elle s’apaiserait ; son mari la tranquilliserait en la rassurant affectueusement. Cette sécurité donnerait à l’épouse la possibilité de dominer plus aisément sa sensibilité.

Hélas ! l’homme ne veut plus écouter ces « balivernes ». Il fuit les confidences. La femme se trouve alors seule avec toutes ses impressions. Pour les supporter, elle se tend. Mais soudain des réactions violentes surgissent à propos de détails mesquins ; l’épouse éclate en larmes, en reproches acerbes. L’homme, surpris, considère ces réactions comme des caprices. Au-delà de ces futilités, il existe, en fait, un état douloureux d’une fine sensibilité qui ne parvient pas à s’apaiser auprès d’une psychologie masculine.

Aussi la femme se console-t-elle parfois auprès de ses enfants qui deviennent des centres de cristallisation pour cette sensibilité féminine. Il est alors impossible de faire la moindre remarque aux petits sans que la mère les défende avec violence ; elle s’identifie à eux : « Ce sont des enfants, dit-elle, d’une extrême sensibilité. » Elle forme un barrage infranchissable qui interdit toute intervention paternelle dans l’éducation.

Parfois, cette fine sensibilité, insatisfaite au sein d’une vie conjugale, se trouve tiraillée entre une sensibilité maternelle et une sensibilité de femme qui cherche satisfaction auprès d’un amant. Pour ne pas briser complètement leur foyer, certaines épouses dissimulent leur véritable vie sentimentale qu’elles essaient de réaliser en dehors de leur existence conjugale. Ce n’est pas toujours un pur désir de jouissances sexuelles qui les entraîne dans des aventures amoureuses ; le mari n’a pas su parfois respecter la délicate sensibilité de celle qui avait pourtant voulu vivre si intimement avec son époux !

Si, d’une part, la femme ne se méprend pas sur l’impassibilité apparente de l’homme et si, d’autre part, le mari s’efforce d’être affectueusement attentif aux impressions de son épouse, l’un et l’autre sentent les frontières de la solitude individuelle s’estomper, pour une meilleure compréhension réciproque.

Toutefois, les déceptions qu’éprouvent l’homme et la femme ne proviennent pas toutes d’une insuffisance de perspicacité de l’épouse ou d’une inattention du mari. Les réactions des sexes en face de la souffrance sont différentes. Par suite, des personnes de très bonne volonté commettent à leur grand étonnement de pénibles méprises.

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Besoins de l’époux souffrant

Dès qu’un homme ressent des impressions douloureuses, il devient taciturne ; son visage s’assombrit ; ses traits se durcissent ; ses gestes deviennent nerveux. Il a tendance à rechercher la solitude.

L’épouse qui s’aperçoit de ce changement d’attitude soupçonne quelque souffrance inavouée. Désirant venir en aide à son mari, elle s’approche de lui, l’interroge, le caresse, l’embrasse. Une réaction violente de défense apparaît. L’homme, en souffrance intense, ne peut supporter ces marques de tendresse qui lui font une impression de brûlure. Il a besoin justement de tranquillité pour résister à ses impressions douloureuses et voilà que sa femme, par inadvertance, vient le gêner dans son effort ! L’épouse s’éloigne ; elle n’est pas loin de croire que son mari la rend responsable des ennuis.

En réalité, l’homme, en pleine souffrance, a davantage besoin d’être compris que d’être consolé. Si la femme a suivi avec sympathie en temps ordinaire les efforts de son mari, si elle connaît ses désirs, ses aspirations, ses espoirs, l’époux se voit intimement compris par celle qui, sans intervenir directement, montre, par de délicates attentions, qu’elle est avec lui en ce moment douloureux. Elle s’ingénie à lui faire plaisir, à rendre l’atmosphère plus calme ; elle demande aux enfants d’être plus sages, car le papa a des soucis. En le voyant partir au travail, elle donne un petit coup de brosse supplémentaire au manteau, glisse un paquet de cigarettes dans la poche de la veste. Toutes ces discrètes attentions touchent le mari qui ne dit rien… Il sait que son épouse est près de lui ; il se sent plus courageux pour supporter ses peines.

Dès que l’intensité de la souffrance diminue, redonnant ainsi à l’homme la possibilité de s’exprimer, le mari doit permettre à sa femme de l’interroger ; bien qu’elle soit douée d’une grande intuition, la femme a besoin d’un minimum d’explications. Faisant effort sur lui-même, il tâche, tant bien que mal, de mettre son épouse sur la voie d’une meilleure connaissance.

Certains pensent être encore mieux compris par leurs épouses quand elles se livrent aux mêmes activités qu’eux. Étant ainsi continuellement au courant des difficultés professionnelles, les femmes sont plus à même, pensent-ils, de soutenir leurs maris, de les encourager, de les consoler.

Il s’agit là d’un égoïsme masculin. L’individu ne se soucie nullement de savoir si son activité est conforme à la nature féminine qui peut être alors insatisfaite, déviée, invertie. Ce qu’il cherche avant tout, c’est être compris, lui.

C’est aussi une erreur grave. La femme associée à une activité d’homme est entièrement prise, elle aussi, par les difficultés professionnelles. Son attention est alors détournée de son mari pour se concentrer sur un objet extérieur à l’individu qui disparaît au regard de la femme. Elle a besoin d’être libre de tout souci de profession pour pouvoir exercer sa fine intuition au sein même de la vitalité endolorie de son époux. C’est cette vision interne qui est la compréhension de la femme pour son mari et non une connaissance des difficultés techniques d’un métier.

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Besoins de l’épouse souffrante

Quand la femme souffre, elle se sent poussée à venir auprès de celui qu’elle aime ; elle voudrait se blottir dans ses bras. Les moindres marques de tendresse de la part du mari provoquent chez elle un apaisement. Les baisers sont du baume qui adoucit la souffrance. L’épouse voudrait demeurer quelques instants tout près de celui qui est pour elle une oasis de repos et de paix.

L’homme ne comprend pas toujours cette attitude ; il s’imagine volontiers qu’il s’agit d’une faiblesse dont il faut combattre les manifestations. Aussi est-il tenté de repousser son épouse pour qu’elle acquière de la virilité. Ce besoin de tendresse n’est-il pas un manque de courage, puisque l’homme ne supporte ses difficultés douloureuses qu’en s’isolant ?

Une telle appréciation dénote une ignorance de la psychologie féminine.

Très sensible à tout témoignage d’affection, la femme cherche à reprendre des forces. Pour cela, elle voudrait se fusionner avec l’être qui la fait vivre intensément. Ce contact psychique libère, chez elle, par réaction, d’abondantes énergies qui la rendent capable de poursuivre ses efforts.

Cependant, l’homme pense bien faire en donnant des conseils à son épouse au moment où celle-ci est douloureusement meurtrie. À sa grande surprise, il voit sa femme s’énerver ; il croit même à une colère d’orgueil. En réalité, l’épouse venait auprès de son mari, non pour avoir son avis, mais pour goûter un moment de tendresse. Au lieu de cette détente affectueuse, elle ne reçoit que des encouragements à l’instant même où elle est dépourvue de forces ; il se produit alors en elle des réactions violentes de défense.

C’est en permettant à son épouse cette intimité que le mari lui donne la possibilité de récupérer des énergies. Réconfortée, la femme est alors prête à écouter les conseils, à mieux comprendre les causes de ses échecs, à recevoir des encouragements ; elle est alors disposée à reprendre la lutte.

Le préjugé qui mesure la supériorité humaine en fonction de l’indépendance individuelle semble maintenir la femme dans une situation inférieure à celle de l’homme. N’a-t-elle pas besoin de consolations pour avoir des énergies ?

Or, ni l’homme ni la femme ne peuvent se vanter de se passer du secours des autres dans la souffrance. L’homme a besoin, pour continuer son effort, de la compréhension de la femme qui lui est le plus intimement unie ; la femme, elle, a besoin, pour surmonter ses difficultés, d’une consolation auprès de celui qui l’affectionne. Tous deux réclament une aide. Seules les modalités diffèrent. Quel sexe peut se vanter de se suffire à lui-même ?

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Plaisirs des époux

Les incompréhensions entre homme et femme ne se cantonnent pas seulement dans le domaine de la souffrance ; elles peuvent se localiser dans le monde des plaisirs. En effet, les conjoints ne savent pas toujours respecter mutuellement leurs préférences naturelles.

D’une façon générale, les plaisirs masculins sont avant tout des sensations fortes, alors que la nature féminine apprécie les fines impressions. L’homme goûte les efforts violents, les jeux qui demandent de l’attention, du raisonnement, de l’adresse ; la femme se plaît dans les réunions où ses sentiments trouvent une liberté d’expression.

Sans tenir compte de son épouse, le mari cherche parfois à se distraire selon ses préférences ; il laisse à la maison sa femme et passe tout son temps de repos à la pêche, à la chasse, au café…

Certaines épouses s’en vont de leur côté pour se distraire. Elles ne s’inquiètent nullement de leurs maris ; ayant accepté l’invitation de leurs amies, elles quittent la maison, laissent tout en désordre et courent à leurs plaisirs.

Cette dislocation finit par creuser entre les époux un fossé ; l’intimité s’estompe peu à peu ; les deux vitalités unies pour vibrer ensemble se séparent dans des individualismes égoïstes.

Parfois, l’homme impose à sa femme ses plaisirs personnels. Il l’entraîne dans ses distractions sans tenir compte de la nature féminine. C’est le sportif qui façonne son épouse en vue d’une activité physique violente ; c’est l’individu qui astreint sa femme à se livrer aux distractions de jeux ; c’est le jouisseur qui entraîne sa compagne vers les plaisirs de fumer, de manger, de boire…

En revanche, quelques femmes imposent à leurs maris les distractions qu’elles ont choisies. Elles ne tolèrent pas qu’ils s’absentent pour prendre la moindre détente loin d’elles.

Si l’époux veut respecter la délicate nature féminine et si la femme désire laisser au mari une certaine liberté dans sa vitalité d’homme, les conjoints doivent savoir répartir leurs distractions selon les circonstances de la vie commune. Une générosité réciproque dose les plaisirs selon les natures masculine et féminine. Sans crainte d’étouffement ou de déviations, le mari et la femme s’offrent alternativement leurs plaisirs préférés. Ce n’est pas dans une identité de sensations, mais dans ce don réciproque d’amour que les plaisirs se transforment en joie et la joie en bonheur.

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