Sensibilité : homme

La sensibilité a-t-elle sa place dans un authentique comportement masculin ?

Il est des hommes qui se refusent à toute manifestation d’émotion ; cette attitude peut même aboutir à l’inhumain.

Bien que les femmes accusent volontiers les hommes d’impassibilité, elles esquissent un mouvement de recul à la vue de ceux qu’elles jugent trop impressionnables : elles estiment qu’ils ne sont pas assez virils.

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Grande énergie et grande expression de la sensibilité

En observant les tout-petits, nous remarquons que les garçonnets pleurent très souvent à la moindre chute. Affalés par terre, ils attendent qu’on vienne les relever. Devenus plus âgés, les mamans sont obligées de leur faire honte : « Voyons, un grand garçon comme toi qui pleure !… Tu n’es pas un homme. » Et l’enfant essaie tant bien que mal de retenir ses larmes.

Pourtant, quelques années plus tard, le gamin revient à la maison, après une bonne partie de lutte, la culotte déchirée, tout suant, ébouriffé, sale, le genou ensanglanté. La mère, mi-effrayée mi-fâchée, le gronde tout en pansant la légère blessure. En face des réactions de souffrance provoquées par les soins nécessaires, elle s’impatiente : « Tant pis pour toi, dit-elle, tu n’avais qu’à ne pas t’amuser avec ces garnements… »

Jeune homme, il fait du sport avec ardeur. Dans le feu des compétitions, il reçoit des coups qui le meurtrissent. Les spectateurs sont étonnés de voir les équipiers, après des rencontres brutales, continuer la partie sans paraître incommodés. Parfois, un choc immobilise un joueur qui, reprenant ses esprits, revient dans la mêlée. Ressentant une impression de moiteur, le sportif se tâte et perçoit du sang : il s’était blessé sans qu’il s’en doutât.

L’homme ne craint pas d’entreprendre des exploits qui nécessitent des privations, exigent des efforts, occasionnent des blessures. Il endure le froid, la faim, l’épuisement pour faire l’ascension d’un pic. Il se réjouit à la pensée de tenter la traversée d’une jungle où la soif et la fièvre le guettent.

L’intellectuel, lui aussi, s’acharne à vaincre les difficultés rencontrées. Il passe des heures, des nuits même, à fatiguer ses yeux sur des textes. Il se confine dans un laboratoire, dans une bibliothèque, dans une salle remplie d’archives poussiéreuses. Certains s’astreignent à se priver de tous les agréments d’une existence mondaine. Ceux qui ne soupçonnent pas la profondeur de cette vitalité considèrent avec étonnement, et parfois avec un peu de pitié, ces gens qui passent leur temps parmi les éprouvettes, les microscopes, les livres.

Le courage d’affronter les souffrances permet à l’artiste de rechercher avec persévérance la réalisation de sa vocation. Il sait par l’expérience des autres que bien peu en ce domaine obtiennent de leur vivant argent et gloire. Malgré cet avenir incertain, il s’engage dans sa voie.

Il supporte la misère matérielle, l’incompréhension, les injustices. Presque sans espoir il continue ses efforts.

Cette attitude courageuse a son revers. Revenu au calme après le match, le jeune homme se crispe, grimace, réagit pendant qu’on lui ajuste un pansement. Il endure avec peine le produit désinfectant qui picote, le bandage qui serre, le mal qui lancine. L’homme tourne en rond et s’énerve lorsqu’il a mal aux dents. Il se traîne et devient de mauvaise humeur dès la moindre courbature. Un simple embarras gastrique paralyse ses efforts.

Le comportement apparaît général et constant au cours de l’existence de l’homme. Le père se moque parfois de son fils qui pleure à la plus petite souffrance. Mais si, par malheur, il se blesse à son tour, il se montre difficile à soigner. II se raidit ou regimbe, à moins que, par politesse ou par affection, il ne se maîtrise pour ne pas causer de peine à la personne qui prend soin de lui. L’épouse craint souvent d’intervenir ; elle sait par expérience que c’est toute une histoire de changer un pansement ; si elle commet la moindre maladresse qui provoque une douleur plus vive. elle est parfois mal remerciée de son dévouement : « Ah ! ces hommes, se plaint-elle, ce sont des douillets. »

Une telle conduite peut nous sembler de prime abord paradoxale. Comment expliquer qu’une nature aussi énergique devienne si peu courageuse en face d’une souffrance physiologique ?

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Puissante sensibilité physique, intellectuelle, artistique

Nous en découvrons la raison dans les divergences d’orientation énergétique.

Tout d’abord, il est un fait que plus les forces sont abondantes dans une orientation définie, plus l’individu est capable en ce domaine de goûter des joies profondes et de résister à la douleur.

Ce phénomène biologique nous aide à mieux saisir pourquoi l’homme est naturellement plus apte à prendre plaisir et à supporter les souffrances dans les activités physique, intellectuelle, artistique. C’est, en effet, dans ces perspectives d’action que l’être masculin peut sentir sourdre au plus profond de lui-même une sensation de plénitude. L’impression est si forte à un certain degré de dépense énergétique que l’individu n’hésite pas à s’imposer des sacrifices pour atteindre ces états de vitalité intense.

Ensuite, nous pouvons constater l’inverse : moins une nature possède d’énergies dans une orientation, moins l’individu est capable de résistance à la souffrance et moins il goûte de joies profondes, étant donné que la sensibilité en ce domaine devient superficielle.

En effet, nous voyons les individus peu virils abandonner une activité physique dès qu’elle exige des sacrifices ; ils ébauchent des efforts qui demeurent sans résultats ; ils craignent les coups, redoutent les bousculades, se protègent constamment de toute violence qu’ils qualifient de brutalité. Ils se targuent de facilité intellectuelle, se moquent de ces esprits « lourds » qui réfléchissent longuement, ridiculisent les pensées structurées avec logique. Ils préfèrent butiner pour cueillir, de ci de là, des idées éparses qui leur donnent une apparence d’intelligence. Leur art est plus une fantaisie d’imagination qu’une réelle poursuite du beau. Aussi leur « personnalité » se réduit-elle à une pauvre vitalité sans consistance. Incapables d’affronter l’aspect rebutant des efforts, ils ne parviennent pas aux joies d’une vie intensément active. Ils fuient jusqu’à la lâcheté les impressions pénibles et recherchent avec une avidité exacerbée les sensations agréables.

Enfin, un autre fait biologique consiste dans un certain déséquilibre momentané de la sensibilité générale : plus une nature s’oriente intensément selon une direction particulière, plus elle montre une désensibilisation temporaire dans les autres domaines ; les énergies drainent avec elles une grande partie de l’impressionnabilité humaine.

Ce phénomène explique pourquoi le sportif de tout à l’heure n’a pas ressenti en pleine action le coup qui l’a meurtri. À son tour, l’intellectuel peut se concentrer si fortement sur un problème qu’il n’éprouve plus la souffrance qui le torturait. De son côté, l’artiste désireux de capter un beau coucher de soleil est si passionnément attentif devant son chevalet qu’il reste les pieds dans la neige sans en être incommodé.

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Sensibilité physiologique

En revanche, l’homme est d’une sensibilité superficielle sur le plan physiologique et sur le plan sentimental. En ces domaines, il se montre donc très attiré par les impressions agréables et violemment rebuté par les sensations pénibles.

Aussi le voyons-nous généralement porté aux plaisirs de la table ; il apprécie un bon plat, hume avec délice la senteur d’un mets ; alléché par les odeurs de cuisine, le mari est tout content de se mettre à table ; il se retourne avec gaieté vers son épouse et lui demande : « Que nous as-tu fait de bon aujourd’hui ? » Il apprécie un vin, claque la langue après une petite gorgée de liqueur. Il est tout fier d’offrir, presque confidentiellement, à un ami une de ces bonnes bouteilles de derrière les fagots !… Si la nourriture est sans saveur, si la boisson n’a pas de bouquet, l’homme devient morose ; il fait un effort pour avaler le repas. Il faut bien malgré tout se nourrir. Il se rattrape en buvant davantage ; cela fait passer le reste… Quelquefois, il réagit devant un plat mal cuisiné ; il dit même crûment son opinion à sa femme ; vexée, l’épouse estime que les hommes sont tous des gourmands. Et, à l’occasion, elle confiera à sa voisine une recette pour retenir le mari à la maison « C’est un bon moyen, croyez-moi, la cuisine… »

L’impressionnabilité masculine est très grande à l’égard de la beauté physique de la femme. L’homme est vivement attiré par un beau visage, une silhouette élégante, un sourire avenant. En revanche, un physique difforme, une physionomie laide, des attitudes équivoques le rebutent. Il doit faire effort pour embrasser une personne dont l’extérieur l’impressionne défavorablement ; il surmonte péniblement ses répugnances malgré toute son affection.

La sensibilité sexuelle de l’homme est très vive. Les sensations apparaissent violentes, impérieuses, obsédantes. Il lui faut une volonté très ferme pour parvenir à la maîtrise de lui-même. De telles impressions peuvent même se dérouler en dehors de tous sentiments. Il n’y a pas une dépendance étroite entre les sensations sexuelles et la vitalité sentimentale. Le lien qui les unit est lâche, distendu et paraît parfois inexistant.

Lorsque les forces physiques de l’homme s’amoindrissent, une raideur envahit le comportement masculin. L’individu se tend de plus en plus pour maintenir son rythme d’activité, se crispe devant la moindre résistance, s’emporte contre son entourage. Si on lui conseille d’aller consulter un docteur, il se fâche ; il ne veut en aucune façon entendre parler de médecin, de remède, de repos ; cela passera, et d’ailleurs… il n’a rien. Au bout d’un temps, on finit par croire que son caractère a bien changé. En réalité, il s’agit d’une tension intérieure qui augmente avec la faiblesse provoquée par une maladie insidieuse ou par la vieillesse. Certains futurs malades sont parfois insupportables ; des vieillards qui luttent sans répit contre un déclin progressif et inéluctable deviennent acariâtres.

Ne disposant que de peu de forces physiologiques, l’homme est vite au bout de sa tension. À un certain moment d’affaiblissement, il subit un craquement dans sa résistance ; il s’abandonne alors. Les infirmières remarquent que les malades sont souvent de grands enfants, bien qu’il faille prendre des précautions pour ne pas les heurter en les traitant trop ouvertement comme tels. La sensibilité masculine devient si vive qu’elle est meurtrie par les moindres indélicatesses et apaisée par les plus petites gentillesses. Les médecins ne comprennent pas toujours ce changement de psychologie chez les malades alors que les infirmières, finement maternelles, savent entourer discrètement leurs patients d’une douceur qui calme et réconforte.

Pressentant son incapacité de résistance, l’homme s’effraie souvent à la pensée d’un traitement à suivre, d’un repos à observer, d’une intervention chirurgicale à subir. La femme le croit même lâche. L’individu peut alors se renfrogner et devenir bourru. Rongé par l’inquiétude, il garde le silence. Quelquefois, il veut se donner une allure d’indifférence ; il parle de son mal avec désinvolture ; il plaisante même sur sa prochaine opération. Ceci n’est rien, il en a vu bien d’autres !… Derrière cette attitude peu naturelle se dissimule une peur atroce qui le tenaille.

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Sensibilité sentimentale

L’impuissance masculine en face des impressions ressenties est aussi très visible dans le domaine de la sentimentalité.

Dès qu’un sentiment heureux de quelque intensité apparaît dans cette psychologie, l’homme perd immédiatement une grande partie de ses moyens. Paralysé, il ne trouve plus les mots pour exprimer sa joie ; son visage s’éclaire ; il sourit béatement. Bien vite il essaie de détourner la conversation sur des sujets banals. Les émotions l’épuisent, il a soif. Il faut remarquer avec quelle gaucherie certains assistent à un mariage qui les émeut. Les pères des jeunes mariés doivent faire un effort sur eux-mêmes pour se donner un peu de souplesse. Le jeune papa qui apprend la bonne nouvelle de la naissance de son enfant devient tout drôle, presque sot. Il regarde d’un air hébété l’infirmière ; la joie l’écrase. Parfois, l’homme ne contrôle plus ses réactions ; les sentiments de bonheur fusent en tous sens ; il parle, rit, fait des gestes. Son comportement excité dénote un bouleversement psychique que l’individu ne parvient pas à maîtriser ; il ne perçoit même pas le côté comique et ridicule de ses attitudes.

Lorsque l’homme est cruellement blessé dans ses sentiments, il se raidit de toutes ses forces. Pour supporter la sensation douloureuse, il évite de relâcher sa tension intérieure qui le durcit. On a l’impression d’un état psychique prêt à craquer. Sous l’effet de cet effort de résistance, des décharges énergétiques engorgent l’organisme. L’individu se sent emporté par des poussées difficilement maîtrisables. Ces débordements peuvent être déclenchés par une simple attitude de mépris, d’ironie ou d’indifférence de la part de la personne qui, involontairement ou de bon gré, est la cause de cette torture morale. Incapable de contenir ses énergies qui l’envahissent, l’homme est déchaîné. Alors l’idée qui servait à orienter sa tension interne, devient une idée fixe qui dirige les gestes du meurtrier. Dans une semi-conscience, il s’acharne sur sa victime jusqu’à épuisement de ses forces. Cet envahissement de l’organisme est si intense qu’aucun souvenir précis ne subsiste dans la mémoire qui n’a pu fonctionner normalement. Bien que l’individu n’ait aucune défectuosité mentale, il sort soulagé, hagard, épuisé de cette crise ; il se demande comment il a pu en être arrivé là et il se pose cette question très loyalement ; il ne sait que dire : « J’ai eu un coup de sang » ou : « J’ai vu rouge ».

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Faible résistance morale

L’homme est, en effet, vite au bout de ses forces de résistance morale. Il ne peut supporter longtemps les cris, les pleurs, les gémissements des êtres qui lui sont chers. Un moment concentré en lui-même, il éprouve des bouffées de violence ; il se retourne alors avec impatience contre la cause qui le fait atrocement souffrir ou, s’il le peut, s’en éloigne. Après avoir été très prévenants envers leurs épouses malades, certains maris, ne pouvant plus supporter la vision de telles douleurs, laissent leurs femmes seules.

La vue d’une souffrance est précisément intolérable à l’homme. Il détourne volontiers son regard pour ne pas percevoir un malheureux sur la rue ; ressentant trop vivement l’humiliation que peut éprouver un vrai mendiant, il n’ose pas faire l’aumône en public. Certains médecins hésitent à témoigner de la sympathie au malade lorsque le patient est dans un état extrême. Dès qu’ils ne disposent plus de moyens médicaux efficaces pour éviter l’événement fatal, ils craignent d’entrer dans la chambre du moribond. Désarmés en face d’une souffrance qu’ils ne peuvent médicalement soulager, ils regardent le patient avec compassion sans dire un mot, cherchant à s’éloigner le plus tôt possible sans trop savoir comment s’y prendre.

Quelques individus en sont arrivés à préconiser l’euthanasie ; ils croiraient faire œuvre d’humanité en tuant légalement ceux qui souffrent. Cependant, lorsque nous regardons de plus près les prétextes invoqués et surtout les cas cités, nous constatons qu’il s’agit souvent de supprimer tout simplement ceux qui, par leurs douleurs ou par leurs infirmités, font souffrir leur entourage. C’est ainsi qu’un homme aurait voulu que la Loi permit l’application de l’euthanasie pour tuer son propre fils, aveugle-né. Je lui rétorquai que ces infortunés ne souffraient pas moralement d’un manque dont ils ignoraient l’importance, qu’ils étaient, en général, joyeux et qu’ils n’éprouvaient aucune envie d’être supprimés. À bout d’arguments, cet homme avoua qu’il souffrait trop à la pensée que son petit ne pourrait jamais le voir. En fait, il s’agissait pour ce malheureux « père » de tuer légalement l’enfant dont la seule présence était pour lui une cause permanente de souffrances.

Impuissant à maintenir longtemps sa résistance morale, l’homme essaie de trouver un dérivatif. Il tâche de devenir insensible sur le plan physiologique ou sentimental en s’engageant à fond dans une activité physique, intellectuelle ou artistique. On s’imagine parfois qu’il essaie uniquement d’oublier. Certes, accaparé par d’autres soucis, il songe moins à la cause de sa peine ; mais il parvient aussi à réaliser la possibilité de penser à son malheur sans en éprouver les effets cruels. Épuisé, il est moins sensible.

Malheureusement, l’homme ne prend pas toujours ce moyen énergique. Il tente de détourner son attention en flattant sa sensibilité physiologique ; il se met à fumer de plus en plus ; une cigarette n’attend pas l’autre ; l’appétit diminue ; sa tension interne lui contracte l’estomac ; une forte déshydratation se produit ; il se désaltère ; mais sa peine le tenaille ; il a toujours soif ; il boit de plus en plus… Les boissons fortes lui donnent du cœur à l’ouvrage et endorment la sensibilité ; la mémoire est obnubilée ; les souvenirs douloureux s’estompent un moment. L’homme obtient ainsi un petit instant de répit ; mais, peu à peu, la réalité réapparaît plus pénible ; la souffrance se fait plus torturante ; le malheureux se tend à nouveau et il boit encore. La volonté s’amenuise, le dégoût s’empare de cet être qui a pris une habitude dont il n’est plus maître. Vient alors la nécessité d’étancher une soif provoquée par la douleur ; le besoin de se détendre un peu, le désir de fuir la réalité entraînent vers l’alcoolisme l’homme qui souffre moralement.

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Faible sensibilité en apparence

Lorsque nous considérons le comportement masculin dans son ensemble, nous observons qu’il est généralement placide. L’individu regarde autour de lui sans s’émouvoir ; il marche avec lenteur et accomplit des gestes posés qu’il coordonne aisément.

Les sensations physiques peu violentes ne l’incommodent guère ; il semble même ne pas les éprouver ; en fait, il peut les ressentir, mais les impressions insuffisamment intenses ne provoquent pas chez lui des mouvements d’adaptation. Aussi préfère-t-il supporter des sensations même désagréables plutôt que de faire un effort pour les éviter. Il paraît alors insouciant ; il ne se donne pas toujours la peine d’ajuster son écharpe autour du cou, de mettre un tricot avant de sortir par une température froide ; il n’aime guère se charger d’un pardessus un peu encombrant pour voyager, même si le temps est incertain. La femme veille à ce que son époux, son fils, son jeune frère ne se négligent pas trop sous cet angle ; elle arrange le cache-nez, boutonne la veste, relève le col.

Cette attitude de l’homme vient du fait que sa sensibilité nécessite un taux élevé d’intensité de stimulation pour être affectée. Le comportement masculin présente donc une certaine indépendance à l’égard des stimulants que lui fournissent les milieux interne et externe. Il suffit, par suite, à l’individu d’une simple maîtrise de lui-même pour diriger, canaliser, calmer ses réactions.

En face d’impressions sentimentales, l’homme paraît impassible. Il en éprouve difficilement les nuances qui lui échappent en grande partie. Il ne s’émeut pas pour une parole quelque peu indélicate, ne réagit pas en face d’une attitude qui pourrait blesser une sensibilité fine ; la femme s’énerve parfois en voyant son mari si calme ; elle l’accuse même de veulerie, en face de réflexions qu’elle n’aurait pas laissées sans réponse… et quelle réponse ! Il a quelquefois des difficultés à faire comprendre à son épouse qu’il s’est contenu pour pouvoir remettre la personne à sa place lorsqu’il en estimera l’opportunité.

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Besoin d’intenses stimulations

L’homme a besoin d’intenses sensations pour que sa sensibilité soit affectée. Aussi recherche-t-il ce qui peut lui procurer de vives stimulations. Il préfère les mets fortement assaisonnés, les vins au bouquet bien caractérisé. Pour se procurer des impressions intenses, les garçons dévalent la pente à bicyclette, pédalant de toutes leurs forces ; ils glissent le long de la rampe de l’escalier au risque d’accident. Leur imagination fertile en trouvailles nouvelles et imprévues les incite à se livrer derrière le dos du surveillant à de petits jeux dangereux. C’est un gamin qui s’amuse à se laisser rouler sur une descente abrupte, c’est l’autre qui tâche de plonger dans la mer du haut d’un rocher escarpé… Les hommes manifestent cette même recherche de sensations fortes. Certains se courbent sur leurs « motos », font vrombir le moteur, accélèrent au maximum ; d’autres prennent plaisir à faire crisser les pneus de leurs automobiles. Que d’accidents viennent de ce désir de se procurer des impressions qui grisent !

L’intensité est fonction non seulement de la force du stimulant en lui-même, mais encore de la différence existant entre les diverses sensations éprouvées. Ainsi une lumière vive par elle-même impressionne plus fortement lorsqu’elle succède à un état d’obscurité.

Il est donc naturel que l’homme recherche les effets de contrastes. En effet, il apprécie mieux un repas lorsque les plats se suivent avec des différences de saveurs bien nettes ; c’est pour lui une véritable symphonie gustative où les mets se rehaussent mutuellement. Un tableau, une musique, une poésie ne plaisent à la sensibilité masculine que dans la mesure où les couleurs, les sonorités, les idées accentuent l’effet d’opposition.

Ainsi la sensibilité de l’homme apparaît très nettement caractérisée à la fois par la nécessité d’un taux élevé d’intensité et par un grand écart différentiel. C’est donc une sensibilité à stimulations fortes et à contrastes.

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