Volonté : femme

Nous nous entendons fort peu sur l’exacte valeur de la volonté féminine.

Pour certains, la femme serait constamment tiraillée par des envies qu’elle ne parviendrait pas à maîtriser ; son tempérament capricieux échapperait alors à tout contrôle. Pour d’autres, elle jouirait d’une telle ténacité dans ses décisions que son vouloir se confondrait avec l’entêtement. Enfin quelques-uns, se référant à la psychologie masculine, n’ont d’estime que pour les femmes qui présentent un comportement volontaire semblable à celui de l’homme.

La volonté féminine a pourtant ses caractéristiques propres. Mais leur analyse reste très difficile puisque la maîtrise de la femme se dissimule derrière une spontanéité et une réactivité qui lui laissent toute sa fraîcheur vitale.

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Volonté de persuasion enfantine

Comme le petit garçon, la fillette est naturellement portée vers tout ce qui provoque une impression agréable.

Toutefois, son attitude ne tarde pas à différer de celle du garçon. La fille commence à déployer tout un art pour persuader son entourage ; elle câline sa mère, l’embrasse, l’amadoue ; elle chuchote sa demande à l’oreille de son père ; par tout un jeu de minauderies, elle essaie d’incliner les grandes personnes à son « vouloir ».

Si le refus est nettement formulé, elle se met parfois à pleurer, à crier, à trépigner. Lorsqu’elle est de quelque finesse, elle décèle vite le moyen d’attendrir les parents ; elle veut paraître renfrognée, mécontente, vexée ; elle joue la comédie de la bouderie, de la peine, de la colère, espérant bien faire céder les grandes personnes qui, aveuglées par quelque affection de faiblesse, ne perçoivent pas toutes les ruses de cette attitude.

Plus tard, la jeune fille comprend que son charme physique impressionne et prédispose son entourage à faire sa volonté. La femme est consciente de cette influence ; aussi soigne-t-elle particulièrement sa toilette quand elle désire obtenir quelque faveur. Cet élément est si important que les femmes les plus belles sont souvent capricieuses, autoritaires, exigeantes. Adulées pendant leur jeunesse, elles continuent à séduire leur entourage qui résiste difficilement à leurs fantaisies. L’âge venu, elles se voient peu à peu abandonnées avec dégoût. Leur esprit tyrannique a fini par lasser tous ceux qui avaient cru découvrir en cette beauté un bonheur de vie.

La volonté féminine comme la volonté masculine n’est pas un don gratuit de la Nature, mais le résultat d’une formation ; or, l’éducation féminine sur ce point est délicate.

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Dangers d’une volonté bridée

Certaines jeunes filles sont soumises à des réglementations si strictes que, peu à peu, la spontanéité et la réactivité disparaissent. Elles ont alors un comportement minutieusement « monté » ; le lever, le coucher, les repas, les sorties sont déterminés avec précision ; les paroles, les sourires, les révérences sont dictés à l’avance selon un code ; les costumes, d’une coupe classique et souvent quelque peu vieillotte, maintiennent cette jeunesse dans des limites étriquées. Certes, la volonté s’est développée, mais pour une diminution et un étouffement de la vie.

Heureusement, une telle formation est devenue rare de nos jours. Mais un danger nouveau, non moins sérieux, apparaît ; la jeune fille est de plus en plus astreinte à des occupations masculines qui demandent une tension de volonté soutenue et rigide. Ainsi, peu à peu, s’épuise-t-elle en se durcissant ; elle devient raisonneuse, entreprenante, hardie dans les domaines qui sont ceux de l’homme ; en même temps elle perd de sa souplesse, de sa richesse, de sa valeur vitale ; nous avons alors une formation qui masculinise la femme.

Il y a plus grave. Si des femmes peuvent mener tambour battant une affaire commerciale, un exploit sportif, elles sont incapables de maîtriser leurs énergies sentimentales… lorsqu’elles en ont encore ; un choc ébranle-t-il leur vitalité intime, elles ne peuvent surmonter les difficultés ; elles fuient lâchement les peines morales, se butent sans rien comprendre, ne savent pas aplanir les obstacles qui s’opposent à leur vrai bonheur et à celui de leur entourage. Autant on peut compter sur elles dans le domaine masculin, autant elles sont insuffisantes dans le domaine féminin. Elles peuvent doubler l’homme, mais ne peuvent le compléter.

L’absence d’une volonté féminine peut se révéler sous une autre forme. Des jeunes filles n’ont pas été formées en vue d’une maîtrise de leur spontanéité et de leur réactivité ; leur éducation les a laissé suivre leurs moindres impulsions et leurs plus petites affections sensibles. Elles courent de ci de là pour dépenser leurs énergies au gré des circonstances ; elles s’élancent dans les divertissements turbulents, excitants, excentriques. Puis, la spontanéité diminuant, elles recherchent les atmosphères où des stimulants de plus en plus vifs les excitent jusqu’à l’hystérie ; cette sensibilité devenue folle se transforme en une tyrannie qui impose ses exigences incontrôlées.

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Maîtrise de soi

Si elle a reçu une véritable formation de volonté féminine, la femme se montre capable de réfréner ses désirs excessifs ; elle calme les impressions désagréables en les surmontant ; elle réprime une réaction, modère une impulsion, accroît une tension. Par un usage judicieux de ses énergies volontaires, elle adapte, temporise, assouplit, dirige ses forces spontanées et réactives.

Cette maîtrise est si finement nuancée qu’elle s’accomplit sans raideur ; elle n’étouffe ni n’épuise le jaillissement vital, mais l’épure, le modèle, l’ajuste, le maintient, l’intensifie.

II est faux de penser que la spontanéité se montre adaptée d’elle-même aux exigences concrètes de l’existence. La femme qui ne la contrôle pas s’affaire sans cesse, imagine toujours quelque nouvelle occupation, brouille tout ce qu’elle entreprend, intervient constamment dans le travail des autres. Emportée par des impulsions violentes, elle s’aventure dans des activités pour se soulager d’une pression intérieure qu’elle est incapable de maîtriser. Sans une volonté sous-jacente, elle se déséquilibre de plus en plus, incapable de s’harmoniser avec son entourage.

D’autre part, le contrôle de la sensibilité féminine est fort délicat. Ne nous faisons aucune illusion : l’impressionnabilité humaine est loin d’être adaptée aux véritables besoins du moment. Nous savons qu’une sensation provoque de simples mouvements de rapprochement ou d’éloignement sans qu’il y ait toujours conformité avec la valeur réelle du stimulant. Ainsi, les femmes incapables de dominer leur délicate sensibilité courent à la recherche de plaisirs fugitifs, tout en sachant qu’elles vont à la dérive ; elles essaient alors de persuader leur entourage et elles-mêmes qu’elles sont sincères ; une simple observation révèle qu’il y a impuissance à se maîtriser. Telle est la foule innombrable des capricieuses, esclaves de leurs impressions changeantes.

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Volonté dans l’amour

Pour que la femme puisse se dominer sans s’amoindrir, elle doit vouloir dans l’amour. Sans affection, elle n’acquiert qu’une volonté qui l’achemine vers un comportement masculin ; elle veut quelque chose  ; son intention alors s’organise, se cristallise, se durcit autour d’une idée qui rend la psychologie féminine opaque, impénétrable, inhumaine. En revanche, la femme qui tend de tout son être vers une vitalité pour la réaliser, intensifie sa propre volonté en la maintenant dans une souplesse délicate ; elle la rend persévérante sans la transformer en une attitude rigide, l’amplifie en l’infusant dans les vitalités humaines qui gravitent autour d’elle.

C’est bien, en effet, la vie qui est le but de la volonté féminine ; la femme est immédiatement en possession d’elle-même lorsqu’elle est tendue vers un être cher ; elle déploie en ce domaine vivant une persévérance, un calme, un sang-froid qui étonnent. Il suffit de regarder avec quelle endurance une mère veille auprès d’un enfant malade ! Ce n’est qu’au moment où plus rien n’est possible qu’elle s’effondre de chagrin ; mais tant qu’il existe un espoir, sa volonté ne se relâche pas. Dans cette perspective se situe le vrai courage féminin.

La femme n’a pas besoin d’être convaincue pour vouloir ; elle a besoin d’aimer. L’affection est à la source même de la volonté féminine ; elle veut pour son mari parce qu’elle l’aime, elle veut pour ses enfants parce qu’elle les chérit… ; elle veut parfois tellement qu’elle utilise des moyens qui lui répugnent ; elle accepte de faire des démarches qui la révolteraient en temps ordinaire ; la mère n’hésite pas à tout sacrifier pour tenter de sauver son petit ; lorsqu’il est coupable, condamné, elle surmonte l’humiliation pour aller soutenir son enfant ; elle pense qu’il reviendra à de meilleurs sentiments. Car la volonté de la femme est essentiellement une volonté qui prolonge l’espérance en la vie au-delà des limites de la raison froide de l’homme.

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Importance de l’intuition dans la volonté d’action

Ce n’est pas une volonté aveugle ; la femme a besoin d’une vision d’intelligence ; mais elle ne sent pas la nécessité de concevoir à l’avance tout un plan d’action bien défini. Elle prétend souvent se livrer à l’ « inspiration » du moment.

Il ne s’agit pas, en réalité, d’une inspiration fantaisiste, mais d’une intuition qui perçoit sur l’heure la réalité vivante au sein de laquelle la femme voudrait exercer sa volonté. Quand elle désire exploiter une situation psychique, elle possède une nette conscience du but qu’elle veut atteindre, mais n’a pas une idée très claire des moyens qu’elle utilisera. Elle préfère être sur place pour déterminer ce qu’elle fera. L’homme, qui a tout calculé, se trouve souvent désemparé dès qu’un imprévu surgit ; la femme, elle, voit et agit. Si elle veut persuader, elle dégrossit à peine les arguments qu’elle avancera ; aussi n’est-il pas rare de voir qu’en face du comportement d’un individu, elle change totalement sa position ; le mari est alors dérouté, étonné, scandalisé ; il risque de commettre même des imprudences, de faire une réflexion, de susciter des réactions qui annihileraient tous les efforts de persuasion. C’est pourquoi la femme préfère être seule quand elle désire résoudre une difficulté. Elle se sent beaucoup plus libre pour manœuvrer selon les véritables circonstances psychiques du moment.

Éclairée par sa fine intuition pratique, la femme répond à un argument, invente un prétexte, met en avant une raison, contrecarre une réaction, apaise une susceptibilité, excite un orgueil. Toutes ces interventions sont faites avec des sentiments réels ou prétendus ; pour cela la femme dose ses propres réactions, en les modérant, en les accentuant ou en les rendant imperceptibles. Elle sait prendre des attitudes de négligence voulue, d’insouciance calculée, d’indifférence attentive.

Cette domination a demandé parfois de tels efforts que la femme, redevenue libre, éclate en imprécations ; elle s’emporte contre la personne qui l’a mise à l’épreuve. Et pourtant sa domination a pu être si puissante qu’elle présentait des apparences de légèreté.

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Volonté souple et immédiate

Cette volonté souple s’accomplit en une infinité de petits mouvements de maîtrise de soi. Cette continuelle intervention est si discrète que l’homme ne la perçoit guère. La mobilité de la psychologie féminine dissimule cette volonté et donne l’impression d’une vitalité qui se déroule « au petit bonheur ».

C’est aussi une volonté immédiate. Alors que l’homme, après avoir conçu un plan, a besoin d’un temps pour accomplir sa tension intérieure, la femme la réalise à l’instant même. À peine a-t-elle entrevu une possibilité qu’elle est en état de réalisation. Parfois, cette décision est si rapide qu’elle devance même une intelligente compréhension du problème. Cette précipitation n’est pas rare lorsqu’il s’agit de questions exigeant une longue réflexion. En revanche, si l’intuition féminine se trouve dans son propre domaine, il y a harmonie entre la vision et le vouloir.

Dès que cette tension volontaire est réalisée, la femme ne peut la maintenir longtemps sans aboutir à une crispation. Qu’une femme exerce une autorité masculine ou s’adonne à quelque occupation nécessitant une volonté soutenue, elle a un visage fermé, un regard dur, des lèvres pincées, une crispation de mâchoires, une psychologie rigide, des sentiments froids, des réactions violentes et sèches. Mais la femme, de volonté authentiquement féminine, garde toute sa fraîcheur, son adaptabilité et sa persévérance. Sa position est maintenue grâce à des mouvements alternatifs de tension suivis de moments très courts de détente. Cette attitude d’efforts et de relâchement conserve la souplesse en maintenant la constance ; alors que l’homme accomplit un seul acte de volonté, la femme en réalise une quantité dans une même direction.

Mais, pour que la femme puisse rester dans sa ligne féminine, elle doit avoir une sécurité ; ce n’est que dans une atmosphère de confiance qu’elle peut se détendre et par suite vouloir pleinement. Sans cette assurance elle s’inquiète. Les femmes qui se débattent seules dans la vie pour assurer leur subsistance, les épouses qui ne peuvent avoir confiance en leurs maris, les mères qui doutent de leurs enfants, deviennent soucieuses ; elles bandent leur volonté, mais ne peuvent plus la relâcher un instant de peur d’en ressentir les conséquences funestes. La femme est alors placée en une situation qui la force à ne plus être entièrement féminine ; sa psychologie se métallise ; sa bouche devient amère, son sourire se fige ; et, un jour, la lassitude s’empare de cette nature trop longuement tendue.

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Une Immense possibilité d’influence

Toutes ces caractéristiques contribuent à donner à la femme une immense possibilité d’influence.

Comme l’indique le mot « influence », la femme s’insinue dans une vitalité étrangère pour lui faire subir des déviations qui l’amènent au but désiré. Elle jouit d’un grand pouvoir d’orienter une vitalité selon sa volonté. Elle sait éviter les réactions personnelles qui pourraient heurter ; elle attend avec patience le moment pour intervenir utilement, dire le mot qui porte. Avec un doigté invisible, elle apaise, stimule, fortifie, dirige les sentiments des autres ; elle sape et brise les résistances psychiques. Avec une maîtrise sûre, elle harmonise, déséquilibre, annihile, fait dévier les vitalités humaines. Elle possède l’art de les éloigner ou de les attirer en provoquant des reculs ou des rapprochements calculés.

Cette volonté est d’autant plus pénétrante et persuasive que l’affection lui livre l’intimité d’autrui. Par le cœur la femme exerce sa plus forte influence. Ce n’est pas une position de suppliante, mais de souveraine qu’elle prend.

En effet, une sensibilité délicate, une spontanéité généreuse, une intuition fine, une tendresse sans calcul provoquent peu à peu une détente psychique dans l’entourage. Les vitalités étrangères, ne se sentant ni violées ni heurtées, s’abandonnent lentement.

Sans paraître dominer, la femme voit ses désirs se réaliser, parfois même au-delà de ses rêves. Son effacement et sa modestie sont alors les garanties indispensables au maintien de cette efficace intimité.

Car la vie ne peut accepter en son intimité une intervention étrangère qui ne s’harmonise pas avec elle. Dès qu’elle éprouve le moindre heurt, elle ne peut que rejeter cette intrusion ; la femme perd alors de sa puissance de volonté pour n’avoir qu’une autorité extérieure. La volonté féminine est essentiellement une volonté d’intériorité et n’atteint son plein pouvoir qu’au moment où elle se fusionne avec la vitalité d’autrui.

Alors son influence est sans limite. La femme s’introduit dans les moindres replis des psychologies étrangères qu’elle anime de sa volonté. Nous sommes parfois surpris de constater que la femme silencieuse est souvent celle qui possède la. plus forte influence parmi les hommes ; l’épouse la plus effacée n’est pas la moins écoutée ; la mère la plus discrète n’est pas la moins obéie. Au contraire, la maîtresse exigeante, l’éducatrice criarde exercent très souvent une influence de courte durée. Leur autorité fondée sur la sensibilité flattée ou sur la crainte disparaît vite des psychologies violées dans leur intimité vitale.

Si la femme possède une volonté d’intériorité profonde, elle peut exercer son pouvoir pour le malheur de ceux qui en subissent l’influence.

Il nous est possible de rencontrer des mères qui s’inquiètent fort peu de la personnalité de leurs enfants. Loin de transformer leur influence en un respect progressif de la liberté de leurs petits, elles interviennent sans cesse ; le fils et la grande fille ne peuvent changer de costume, de coiffure, inviter des amis, projeter une promenade sans en avoir l’autorisation. Elles habillent leurs grands enfants uniquement selon leurs goûts ; si l’un d’eux prend une initiative, elles se mettent en colère, l’accusant de désobéissance, de manque de respect, d’ingratitude.

Une volonté abusivement maternelle peut réduire l’enfant à la révolte ou l’anéantir totalement. Pour se dégager de cette emprise féminine, le grand garçon fuit la maison, la jeune fille s’empresse de se marier ou déserte la famille. Parfois, les mères accusent leurs enfants d’un manque d’affection filiale alors qu’un simple examen loyal leur montrerait que c’était le seul moyen pour eux de ne pas être totalement annihilés.

Ces abus d’une volonté féminine restent, toutefois, dans la ligne naturelle de la biologie de la femme. Ce sont des excès, mais non des déviations.

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Déviation vers une autorité masculine

Il n’en est pas de même lorsqu’une femme exerce une autorité masculine. La situation n’étant pas en harmonie avec sa nature provoque des attitudes de brutalité psychique ; la femme accepte difficilement les moindres remarques ; elle exige une obéissance aveugle, se méfie des subordonnés qui manifestent une personnalité, considère volontiers toute suggestion comme un indice de « mauvais esprit ». Pour rester continuellement maîtresse de la situation, elle intervient sans cesse, veut être au courant de tout. La peur de la moindre diminution d’autorité conduit fatalement à la tyrannie.

C’est que la femme, bien qu’exerçant une autorité de l’extérieur, a une tendance naturelle, lorsqu’elle a encore un peu de féminité, à exercer sa volonté selon sa modalité féminine. Elle présente, en effet, un besoin de déborder les limites de son commandement pour s’immiscer dans la vie privée de ses subordonnés. Ce n’est que lorsqu’elle atteint l’assurance de son influence directe sur les psychologies individuelles qu’elle croit son autorité solidement établie. Tant qu’elle n’est pas maîtresse de ces vitalités, elle éprouve une certaine crainte. Si la fonction qu’elle exerce lui interdit cette intrusion, elle se crispe devant cet inconnu toujours menaçant. La femme qui commande est sur ses gardes et se croit personnellement visée. Elle se préoccupe de savoir ce que les subordonnés pensent ; elle place des « espions » qui viennent lui rapporter plus ou moins fidèlement ce qui a été dit. La moindre réflexion désobligeante est alors sanctionnée indirectement, par des mesures détournées. Le « coupable » ne s’aperçoit pas toujours qu’une menace pèse de plus en plus sur lui et qu’à la moindre peccadille il sera sévèrement renvoyé.

Pour maintenir une position si peu conforme à sa nature, la femme se raidit afin de ne pas se laisser entraîner par une sympathie. Elle adopte une allure d’indifférence ou de dureté. Elle se montre intransigeante et impitoyable.

Une telle attitude ne peut se maintenir ainsi de longues années, à moins que cette nature ne s’atrophie totalement. Si la femme garde un reste de sensibilité, elle demeure à la merci d’une simple influence sentimentale. Il suffit qu’elle vibre agréablement pour qu’elle s’abandonne à l’autorité de celui qui peut tout. Le favori voit que son autorité augmente jusqu’au moment où, lassée ou mieux impressionnée par un autre homme, la femme change d’ « avis ». Les influences sentimentales dans un commandement de femme sont un fait d’observation.

Si le subordonné n’a pas la bonne fortune de faire une agréable impression, il encourt le risque d’être immédiatement en butte aux réactions de son chef-femme. Elle se sert de tout : influences sentimentales et moyens moins honnêtes pour créer une situation intenable à celui qui n’a eu que le tort de lui déplaire. Certaines femmes réussissent ainsi à créer des atmosphères étouffantes de travail, à ralentir des avancements, à briser des situations.

Si la femme exerce son autorité sur d’autres femmes, nous assistons à un jeu continuel d’influences ; les antipathies succèdent aux amitiés ; la méfiance remplace la confiance ; les réactions les plus ténues comme les plus violentes créent une atmosphère psychique instable qui rend le commandement capricieux, versatile, dur.

Bien souvent nous croyons que la femme n’aime pas être commandée par une autre femme ; nous taxons d’orgueilleuses celles qui ne veulent pas se soumettre à une telle autorité ou qui ne se plient qu’avec une âpre réticence.

De telles réactions pourtant trouvent leur raison d’être dans le comportement même de la femme qui exerce une autorité. Si elle commande à la manière masculine, elle apparaît si peu féminine qu’elle provoque des mouvements de dégoût ; elle manifeste, en outre, un comportement qui, mal adapté, blesse ceux qui doivent obéir. Mais lorsqu’elle parvient par tout un jeu de fine psychologie à susciter le respect, à créer une atmosphère d’estime réciproque, à provoquer l’affection, la femme est véritablement obéie, parce qu’elle est aimée.

C’est qu’en définitive cette volonté humaine n’atteint sa plénitude que dans le monde vivant qu’elle pénètre au plus intime de lui-même par la voie de l’amour. Ce n’est pas une volonté d’action, d’extériorité, d’autorité comme celle de l’homme, mais une volonté d’intimité, d’influence, d’intériorité. En un mot, c’est la Vie qui se veut.

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