Volonté : homme

Chaque fois que nous étudions une partie fondamentale de la psychologie humaine, nous aboutissons à un donné dont la nature intime nous échappe. Notre observation ne devient claire qu’au moment où les caractéristiques sont suffisamment accentuées pour que nous puissions nous en rendre compte.

Il en résulte des méprises en ce qui concerne la volonté. Ainsi voyons-nous certains prendre pour une attitude volontaire un pur caprice, tandis que d’autres nient tout bonnement que l’être humain soit capable de maîtriser son comportement.

Seul un examen approfondi peut répondre à ce nouveau problème.

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Volonté enfantine et éducation

Tout bébé, l’enfant est attiré par ce qui flatte sa sensibilité ; il tourne son regard vers ce qui scintille, tend sa main vers un morceau de sucre, un biscuit, un bonbon ; il cherche à prendre ce qui est à sa portée ; cette tendance d’accaparement devient de plus en plus impérieuse et provoque pleurs et colères dès qu’on s’y oppose.

Si une éducation doucement ferme ne modère ce penchant, le garçon se montre de plus en plus exigeant. Ses goûts se multiplient en devenant superficiels ; à peine a-t-il satisfaction qu’il convoite autre chose. Tiraillé par une sensibilité versatile, il se cabre dès qu’on refuse de le contenter ; il insiste en se montrant souvent impertinent ; il se fâche, hurle et même se roule par terre. Quelques parents croient que l’enfant fait preuve déjà d’une forte volonté. Cette illusion les rend imprudemment fiers. Bien plus, ils craignent même de faire naître un complexe en s’opposant au moindre désir du petit. Pour aider au développement de cette < personnalité », ils consultent le garçon sur tout ce qui le concerne, le conseillent sans lui imposer aucune obligation. Aussi finissent-ils toujours par céder en lui laissant faire ses « quatre volontés ».

Les éducateurs perspicaces, eux, ne se laissent pas berner. Ils découvrent dans cette attitude un pur caprice qui est l’indice d’une incapacité de dominer la sensibilité flattée. Avec une fermeté appropriée à l’âge et au caractère particulier de l’enfant, ils forcent le garçon à maîtriser ses envies. Le petit doit alors faire effort sur lui-même pour ne pas plonger son doigt dans le pot de confiture, pour ne pas dérober un morceau de gâteau, pour ne pas accaparer le jouet de son frère. Il apprend ainsi à réaliser un commencement de tension interne qui fait surgir des énergies volontaires.

Au cours des années, la sensibilité du garçon s’accroît. Pendant une longue période la maîtrise sera encore une affaire de lutte. Les impressions devenant plus vives, les réactions sont plus violentes. Pour les calmer, les diriger, les dominer, le jeune homme doit se tendre de tout son être, au prix, parfois, de rudes souffrances. Si les éducateurs savent doser intelligemment les exigences imposées, cette nature sensible commence, grâce à une tension volontaire, à se libérer de son milieu. Moins dépendant des stimulants fortuits, il échappe progressivement à l’emprise tyrannique de sa propre sensibilité.

Cette progression vers la maîtrise de soi est encore compliquée par la spontanéité. Durant de longues années, cette jeune nature libère des énergies par fortes poussées internes. Le garçon est entraîné par des impulsions qui le rendent turbulent.

Si les éducateurs dosent les instants de détente et de calme, l’enfant ne se trouve pas en face de forces incontrôlables. Adroitement éduqué, il apprend à orienter ses puissances naissantes, à les régulariser, à les adapter aux circonstances de l’existence.

Une éducation qui se contenterait de ce côté négatif, mais absolument indispensable, aboutirait à une volonté tronquée. Il faut chercher aussi à réaliser la tension interne d’une façon directe. Il est nécessaire que cette formation commence très tôt pour se poursuivre jusqu’à la maturité biologique.

À cette fin, les éducateurs placent l’enfant devant des obligations proportionnées à son âge, à ses capacités, à son tempérament. Ils exigent avec fermeté une concentration soutenue jusqu’à l’accomplissement de l’obligation imposée. Il est indispensable que le garçon parvienne à remplir lentement mais avec conscience une page d’écriture, à savoir avec exactitude sa leçon, à rédiger très proprement son devoir.

Bien qu’il faille rendre attrayantes ces obligations, il est inévitable que l’enfant ne les trouve pas toujours très agréables. La paresse, l’imagination vagabonde, les distractions, les jeux contrecarrent souvent la réalisation de cette formation. Aussi est-il indispensable de savoir recourir à des sanctions. Coincé entre la menace d’une punition et l’impression rebutante d’un effort, le garçon opte pour le dépassement de lui-même lorsqu’il connaît la fermeté de l’autorité à laquelle il est soumis. Ce n’est pas toujours par idéal, comme le prétendent des éducateurs quelque peu naïfs, que l’enfant se surpasse. La nécessité d’éviter une sanction réussit là où des encouragements, des promesses de récompenses, des « discours sur l’avenir » échouent pitoyablement.

Si l’éducation est menée avec constance et progression, le garçon acquiert la possibilité de se concentrer de plus en plus profondément, de diriger ses efforts et de soutenir sa tension jusqu’à l’aboutissement de son travail. Sa spontanéité et sa réactivité, maîtrisées, ne viennent plus troubler à tout instant cette concentration.

Puis, cette formation masculine devient l’œuvre commune de l’éduqué et de l’éducateur. Le jeune homme prend peu à peu sa responsabilité. Il est à même d’endosser les exigences de sa propre conduite ; capable de disposer de ses énergies, il s’oriente vers une légitime indépendance à l’égard de son entourage.

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Observation de l’homme sensible et sans volonté

Quand l’homme de tempérament sensible n’a pas de volonté, il se montre un pur réactif. Dès qu’un stimulant l’impressionne favorablement, il met tout en œuvre pour se satisfaire ; il est susceptible de trahir ses anciennes amitiés, de dilapider ses biens matériels, de manquer à sa parole pour suivre ses nouveaux « goûts » qu’il qualifie bien souvent du mot pompeux d’ « idéal » ou d’ « amour ».

Ses nouvelles exigences sont impérieuses ; il ne veut tolérer aucun retard à sa « volonté » de satisfaction. Il ne peut supporter même l’idée d’une simple restriction sans crier à l’amputation de sa « personnalité ». Devenu psychologiquement sauvage, il réclame sans cesse la « liberté », alors qu’il est esclave de lui-même.

L’impuissance à maîtriser sa sensibilité le rend inapte à la vie sociale. Il réclame, avec autant d’exigence qu’il le faisait jadis pour obtenir un bonbon, d’être traité en homme. Mais si on le met au pied du mur en lui donnant des responsabilités, il n’arrive pas à se soumettre à une discipline réalisatrice. Son incapacité de surmonter les difficultés réelles l’accule à des déceptions ; décidément cette société d’arrivistes, de « pantouflards », d’égoïstes ne respecte pas sa personnalité « exceptionnelle » !

Aussi désire-t-il une réforme complète de ladite société. Il voudrait la rendre humaine, c’est-à-dire en réalité la transformer en une source de satisfactions pour ses caprices. Devant la rudesse de l’existence, il éprouve des envies de tout faire sauter à la dynamite. Ce révolutionnaire d’impuissance est heureusement muselé en période de calme social ; il ne lui reste que la possibilité de se plaindre, de critiquer, de réclamer. Si des troubles bouleversent la société, il devient le « pur », le « vrai », l’ « intransigeant ». Cette attitude le conduit généralement aux pires crimes sous le couvert d’un « idéal ». Cette sensibilité exacerbée peut très bien se satisfaire sous une apparence de froideur, d’indifférence, de maîtrise de soi.

Si l’individu ne parvient pas à dominer sa spontanéité, nous le voyons se démener sans répit. Toujours en quête de quelque action, il s’engage dès que la moindre possibilité lui est offerte ; mais en face des difficultés croissantes, il abandonne pour se jeter dans une autre direction. Sans mesurer ses capacités, il s’élance, tout étonné ensuite que les échecs se multiplient. Cependant, il ne se lasse pas ; il reste optimiste ; la « passivité » des autres l’exaspère ; il voudrait les secouer afin de les réveiller de leur « torpeur ».

Ce débordement d’énergies incontrôlées maintient cette nature en action jusqu’au moment où la maladie l’arrête dans son élan. Incapable de réaliser une vraie tension d’effort, le spontané se trouve subitement démuni de forces. Il se plaint alors, languit, se traîne dés la plus petite difficulté physiologique. Nous sommes tout ébahis et même apeurés en voyant des individus si ardents quelque temps auparavant n’être plus que de pauvres êtres amorphes. En général, ces tempéraments s’affaissent brusquement dans la vieillesse. La diminution de la spontanéité est brutale ; lorsque aucune tension volontaire ne compense cette baisse énergétique, l’homme perd rapidement tous ses moyens en sombrant dans l’impuissance.

Chez le réactif comme chez le spontané, nous pouvons constater que les décisions sont rapides, changeantes, peu soutenues. Cette vivacité, cette mobilité, cette légèreté donnent à ces individus une apparence de grande richesse humaine. Mais l’observation même rapide y décèle un gaspillage d’énergies. Des possibilités parfois extraordinaires sont, de la sorte, dilapidées sans résultat. La pauvreté vitale succède à des capacités prometteuses.

Quand l’individu sans volonté ne jouit que d’une faible réactivité ou d’une médiocre spontanéité, il possède un comportement qui révèle une sous-vitalité permanente. Il n’a aucun désir ; ses goûts s’avèrent peu caractérisés. Il aime ce que les autres préfèrent ; il épouse les répugnances de son entourage ; il partage toujours les idées d’autrui. Si, par mégarde, il avance son opinion, il se rétracte immédiatement dès que son interlocuteur le contredit. II aime mieux interroger qu’être questionné. Sa voix ne se pose pas ; elle chancelle constamment entre un oui et un non. Il se réfère toujours à quelque autorité étrangère pour émettre une critique.

Parfois, ce comportement terne est secoué par des ruades. L’individu se rebiffe contre une atmosphère qui l’oppresse. Il veut sortir de cet état et se montrer enfin un homme. Il arme son opinion sans admettre de contradiction, n’est jamais de l’avis d’autrui, par principe -il craindrait de manquer de « personnalité » ! -, il se déclare capable de n’importe quel effort ; pour le prouver à lui-même et aux autres il invente des prouesses… Mais bien vite, le craintif revient à son ancienne attitude de « respectueuse délicatesse ».

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Observation de l’homme volontaire

L’homme de volonté ne présente pas ces réactions violentes de sensibilité, ces impétuosités de libérations spontanées, cette passivité craintive.

Pour vouloir, l’être masculin a besoin avant tout de croire à la valeur de son acte. Il lui faut des raisons solides pour avoir un point d’appui à sa volonté. Nous pouvons remarquer qu’il réfléchit longuement avant de prendre une résolution dont il soupèse avec minutie le principe. Il médite sur la validité du but à viser. Avec quelle chaleur il débat la question ! La femme se méprend parfois sur cette attitude ; elle cingle à tort son époux en lui disant qu’il ferait mieux de prendre une décision que de discuter.

Pour que l’homme puisse vouloir énergiquement, il doit être, en effet, convaincu. Dès qu’un doute s’insinue dans son esprit, un relâchement se produit immédiatement dans sa tension volontaire. Il peut encore maintenir un temps cette attitude, mais une crispation raidit cette psychologie indécise. Son effort, n’étant plus solidement ancré dans une valeur, le décourage. Si le cadre social le soutient, son attitude extérieure peut ne subir aucun changement. Et l’individu se laisse glisser peu à peu dans la routine qui le sclérose.

Le doute sape et tue la volonté masculine à sa racine. Les milieux sociaux où l’esprit superficiel et le scepticisme prévalent, créent des atmosphères qui contrecarrent la formation de la volonté chez les jeunes gens. Ceux qui n’ont pas le bonheur de posséder un commencement de forte personnalité sombrent dans la veulerie d’action et de pensée. Ils gaspillent leurs énergies en vrac selon les distractions du moment ; ils deviennent hâbleurs, discutent de tout, jonglent avec les mots, critiquent sans cesse. Pour acquérir une volonté masculine dans ces milieux, il faut se préserver de cette mentalité amoindrissante, ne pas craindre de rompre avec elle, avoir le courage de dépasser les ricanements de l’entourage pour conserver intactes les valeurs d’action.

Après avoir évalué la raison de l’acte, l’homme ne peut prendre encore une décision sans comparer ses capacités avec les exigences de la réalisation. Il examine attentivement s’il possède la technique appropriée et s’il estime qu’il est de force suffisante pour parvenir jusqu’à l’achèvement de sa résolution. Il ne saurait supporter l’idée de mener une activité sans aboutir à des résultats positifs. S’il ne peut s’engager avec des chances raisonnables de réussite, il n’a pas honte de refuser. Il ne s’aventure pas à la légère. Les réactifs et les spontanés se lancent dans l’action sans même se demander s’ils ont un minimum de possibilité de succès. Ils sont fiers de leur attitude qu’ils qualifient de « courageuse ». Le volontaire ne redoute pas non plus le risque, mais fuit la sotte aventure sans lendemain ; il a de la répugnance pour toute velléité.

En effet, la velléité peut se situer à plusieurs stades du comportement masculin. Certains individus se contentent de discuter sur toutes les possibilités d’action ; ils tournent et retournent le problème en tous sens ; après une bonne discussion, l’acte de volonté meurt en cet état embryonnaire. Quelques-uns vont plus loin dans leur désir ; escamotant même la phase de réflexion, ils se mettent à l’œuvre sur-le-champ. Mais vite à bout de forces, ils n’achèvent pas l’œuvre commencée. Ces individus, quoique plus tardivement, n’en sont pas moins des velléitaires. Seul le volontaire se soucie de parvenir au bout de son vouloir.

Pour rendre une tension efficace, l’homme ne vise qu’un but. Ce but peut être bien déterminé. Dans certains cas, il ne s’agit que d’une perspective : il est question alors d’une orientation qui, s’appuyant sur des points précis d’exécution, draine la volonté masculine. Que ce soit un but défini ou une perspective délimitée, il est indispensable que la volonté masculine soit tendue dans un sens unique. Sans cette condition, l’homme reste instable, perd toutes ses possibilités de volonté.

Conviction en la valeur de son acte, appréciation sur ses capacités, unicité de but sont les trois conditions nécessaires à l’individu pour qu’il puisse vouloir réellement. Ce travail préliminaire est surtout du ressort immédiat de l’intelligence. Toutefois, la volonté intervient à chaque instant, d’une façon discrète, pour freiner la spontanéité et calmer la sensibilité afin de permettre à l’intelligence de réaliser dans la tranquillité un jugement détaillé et complet.

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Engagement de l’homme

Ce n’est qu’après ce premier travail posément accompli que l’homme s’engage. Le moment est capital dans l’acte de volonté. L’individu doit, en effet, réaliser en lui-même toute une nouvelle orientation de sa psychologie. Ses idées, ses sentiments, ses souvenirs, sa sensibilité subissent une instabilité momentanée ; sous la pression d’une tension interne, tous ces éléments se regroupent selon une autre convergence psychique. Quelques-uns d’entre eux, antérieurement inaperçus, prédominent dans la nouvelle perspective ; d’autres rentrent dans l’ombre ; il en est même qui deviennent gênants.

La gestation ne se fait pas toujours très aisément. Souffrances, tiraillements, révoltes naissent parfois à cette occasion. Certains individus ne parviennent même pas à s’imposer une décision psychique après avoir porté un jugement de valeur sur l’acte à réaliser. Ils savent qu’ils doivent agir de telle ou telle façon, mais en face de cette résistance interne ils se contentent de dire qu’il faudrait… Malgré les reproches qu’ils s’adressent à eux-mêmes, ils sont rivés à leur passé. Leur volonté échoue au moment de passer à l’acte.

Si l’homme est capable de s’imposer sa propre décision, il franchit le passage critique. Mais bien que la volonté puisse être indépendante de l’intelligence, elle ne peut réellement être efficace que si la marche de l’effort à réaliser est constamment éclairée par une vision interne.

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Réflexion et exécution en alternance

Toutefois, les deux attitudes tendent à s’accomplir chez l’homme d’une façon alternative. L’individu établit un plan, en envisage tous les détails, en prévoit les difficultés d’exécution ; puis, passant à la réalisation, il engage à fond toutes ses énergies. Il n’est plus alors qu’une force libérée dans toute sa puissance.

Ces moments alternatifs de réflexion et d’exécution donnent souvent à la volonté de l’homme un aspect extérieur de « coups de boutoir ».

L’homme, en effet, prend son temps pour réfléchir ; il accepte les conseils, ne craint pas de changer son point de vue selon les nécessités du moment, mais dès qu’il a terminé sa phase de réflexion, il passe à l’exécution. Il ne peut plus supporter l’idée de considérer à nouveau le problème. Il faut que d’autres événements sérieux l’obligent à faire ce retour en arrière. Sans des nécessités impérieuses, il continue la réalisation de son vouloir. II réagit alors violemment contre tout ce qui gêne cette exécution. Parfois, se dominant, il met tout en œuvre pour contourner un obstacle imprévu ; dans bien des cas, il l’élimine impitoyablement.

Il est alors difficile de donner à l’homme des conseils même pour son propre bien. Tout à son effort de volonté, il perd une partie de son acuité d’intelligence. De plus, toute intervention, même la plus salutaire, vient troubler l’acte en train de s’accomplir. II faut souvent attendre que l’individu soit en repos, pour lui suggérer des idées.

Quand l’homme est parvenu à concevoir un plan, il peut être amené à demander la collaboration d’autrui. Sa position de commandement est très nettement caractérisée.

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Autorité masculine

Ayant en vue un but, le chef est entièrement préoccupé de coordonner les énergies humaines qui sont sous ses ordres. Il ne considère ses subordonnés que sous cet angle d’action. Que lui importe leur valeur morale, pourvu qu’ils accomplissent utilement leurs fonctions.

Cette attitude masculine donne à l’homme une autorité d’extériorité. Le chef n’est nullement tenté de s’immiscer dans la vie privée de ses subalternes. Ceux-ci n’ont pas la crainte d’être envahis par une psychologie étrangère. Ils font leur travail, sachant qu’une fois l’ordre exécuté, ils sont libres d’eux-mêmes.

Ce n’est pas une subordination directe d’individu à individu. Il s’agit plutôt d’une collaboration en vue d’un plan à réaliser en commun. Le chef répartit alors selon les besoins les diverses possibilités humaines. Son autorité externe n’est plus une humiliation.

Toutefois, la tendance masculine qui préserve la vitalité intime peut conduire, si elle n’est pas contrôlée, à une autorité inhumaine. L’homme, pris par la seule préoccupation d’atteindre le but, peut finir par n’avoir aucune considération pour ses inférieurs. Il les place, les déplace, les engage, les met de côté, les épuise même sans tenir compte que ce sont des êtres humains. Il ne s’agit pas d’un mépris sentimental, mais d’un oubli. Il suffit parfois de lui rappeler ses excès pour qu’il reconnaisse immédiatement ses torts.

L’homme de volonté ne craint pas d’imposer son autorité. II exprime clairement ce qu’il veut, sans arrogance, sans énervement, sans haine. Il expose avec précision les points importants de ses ordres, donne les moyens pour les exécuter et en contrôle la réalisation. Parfois, il n’hésite pas dans une colère soutenue à intervenir sévèrement. Il n’a pas peur de passer pour un chef qui sait s’imposer sans brutalité, mais avec fermeté.

L’individu qui doit exercer une autorité sans en avoir les capacités redoute ses subordonnés. Il ne sait comment s’y prendre pour se faire obéir. Il se montre aimable, cause à la « bonne franquette », plaisante. Il parle toujours de collaboration. Il n’y a, répète-t-il, ni supérieur ni inférieurs, mais seulement des bonnes volontés qui travaillent à une œuvre commune.

Mais dès qu’il y a une injustice commise, il n’ose intervenir. Il essaie de régler le différend par personnes interposées. Si les subordonnés protestent, il s’affole ; il avoue que son ordre a été mal interprété. Il donne toujours raison au dernier qui parle. Si par malheur il lui faut trancher une question, il invite le subordonné le moins criard à ne rien dire pour cette fois. De temps en temps, exaspéré, il menace, impose une nouvelle réglementation ; cette fois tout va changer… ; dès la moindre réclamation il n’écoute plus ; il ne veut rien savoir ou accorde sans vérification les autorisations qui annihilent l’exécution de ses ordres.

En revanche, l’homme de volonté évite la tyrannie et la lâcheté. Il sait écouter, intervenir, imposer. II ne se laisse pas impressionner par les réclamations abusives ; il ne tolère pas les injustices ; les impertinents sont remis à leur place. Il veille à ne pas oublier le subordonné silencieux qui est réellement actif ; il ne se laisse pas berner par ceux qui le vantent ou se vantent.

Mais, pour que la volonté masculine parvienne à cette plénitude, il faut avant tout un but précis vers lequel convergent les énergies du chef et celles des subordonnés. Ainsi l’homme acquiert une autorité qui s’équilibre dans l’action en ne s’imposant que de l’extérieur.

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